Mali : l’AES se dote de ses propres médias confédéraux pour contrer la désinformation

 

Le Conseil national de Transition (CNT) du Mali a adopté ce mardi les projets de loi autorisant la ratification des accords portant création de Tafouk TV et de Daandè Liptako, deux médias confédéraux de l’Alliance des États du Sahel (AES). Une étape décisive dans la construction d’un espace médiatique commun entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger.

Un projet audiovisuel ambitieux pour les trois pays du Sahel

Présentés par le ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, ces textes permettent au Mali de participer pleinement à la gouvernance, au financement et au fonctionnement de ces deux organes. L’objectif est clair : promouvoir une information commune, valoriser les langues nationales et les cultures sahéliennes, tout en luttant contre la désinformation qui gangrène la région.

Tafouk TV et Daandè Liptako ne sont pas de simples chaînes de plus. Elles incarnent la volonté des trois États de l’AES — Mali, Burkina Faso et Niger — de s’affranchir des récits imposés de l’extérieur et de construire leur propre narratif. Un pari audacieux dans un contexte où la région est confrontée à une guerre de l’information menée par des groupes armés et des puissances étrangères.

Une répartition stratégique des médias confédéraux

Le dispositif médiatique de l’AES repose sur une répartition équilibrée entre les trois États membres :

· Bamako accueille Tafouk TV, la télévision confédérale, diffusée depuis mars 2026 sur la télévision numérique terrestre au Burkina Faso ainsi que sur le bouquet Canal+. Les autorités prévoient d’étendre sa diffusion vers l’Afrique, l’Europe, l’Amérique et le Moyen-Orient.
· Ouagadougou abrite Daandè Liptako, la radio confédérale, qui émet depuis décembre 2025.
· Niamey doit prochainement accueillir une agence de presse commune, actuellement en cours de mise en place.

Cette répartition témoigne d’une volonté d’équilibre et de coopération renforcée entre les trois pays. Chacun apporte sa pierre à l’édifice d’une souveraineté médiatique partagée.

Des médias financés par les États et coordonnés avec les médias nationaux

Les autorités maliennes indiquent que ces médias seront principalement financés par les États membres de la Confédération. Ils fonctionneront en coordination avec les médias publics nationaux du Mali, du Burkina Faso et du Niger, créant ainsi un écosystème médiatique cohérent à l’échelle de l’AES.

Cette coordination est essentielle pour garantir la cohérence des discours et la diffusion d’une information fiable. Elle permettra également de mutualiser les moyens et d’éviter les doublons dans un contexte de ressources limitées.

Un enjeu de souveraineté et de lutte contre la désinformation

L’adoption de ces projets de loi par le CNT malien marque une étape importante dans la construction de l’AES. Au-delà de la coopération militaire et politique, les trois pays entendent désormais peser sur le plan médiatique.

La désinformation est un fléau qui touche particulièrement la région sahélienne. Les groupes armés et les puissances étrangères rivalisent d’ingéniosité pour manipuler l’opinion publique et déstabiliser les États. Face à ce défi, les médias confédéraux de l’AES se présentent comme une réponse structurée et souveraine.

Une audience qui dépasse les frontières du Sahel

Avec une diffusion prévue vers l’Afrique, l’Europe, l’Amérique et le Moyen-Orient, Tafouk TV et Daandè Liptako ambitionnent de toucher un public bien au-delà des frontières de l’AES. Une stratégie qui vise à faire entendre la voix du Sahel sur la scène internationale et à contrer les récits occidentaux sur la région.

Le choix des langues nationales est également significatif. En valorisant les langues locales, les médias confédéraux s’adressent directement aux populations, souvent exclues des médias francophones traditionnels. Une démarche de proximité qui renforce leur légitimité et leur impact.

 

Une nouvelle ère médiatique s’ouvre pour le Sahel. Reste à voir si ces médias parviendront à relever le défi de la crédibilité et de l’indépendance dans un contexte régional complexe. Une chose est sûre : l’AES ne compte pas laisser les autres raconter son histoire.

Par Cherif Keita 

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