Monde : Ismael « El Mayo » Zambada condamné à la prison à vie : la fin d’une légende du crime

Ismael Zambada Garcia, dit « El Mayo », l’un des barons de la drogue les plus insaisissables au monde, a été condamné ce lundi à la prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle par un tribunal fédéral de Brooklyn. À 76 ans, le cofondateur du cartel de Sinaloa a entendu le juge Brian Cogan sceller son destin, après avoir plaidé coupable en août 2025 de direction d’une entreprise criminelle continue et de conspiration de racket.

La sentence, qui était obligatoire compte tenu des chefs d’accusation retenus, s’accompagne d’une confiscation record de 15 milliards de dollars, montant estimé des revenus générés par près d’un demi-siècle de trafic de drogue.

Le « stratège » du cartel de Sinaloa

Surnommé le « Seigneur des montagnes », Zambada était considéré comme le cerveau et le négociateur en chef du cartel de Sinaloa, l’organisation criminelle la plus puissante de la planète. Pendant près de 40 ans, il a supervisé l’acheminement vers les États-Unis de tonnes de cocaïne, de méthamphétamine, d’héroïne et de fentanyl, un opioïde synthétique 50 fois plus puissant que l’héroïne, responsable de dizaines de milliers de morts par overdose chaque année en Amérique du Nord.

Son partenariat avec Joaquín « El Chapo » Guzmán, déjà condamné à perpétuité dans une prison de haute sécurité du Colorado, a fait de Sinaloa un empire criminel doublé d’un État parallèle, corrompant des pans entiers des institutions mexicaines. Les procureurs ont détaillé un système de violence d’une ampleur rare, où tortures et assassinats – y compris celui de son propre neveu – étaient ordonnés pour protéger les routes du trafic.

Une arrestation contestée et un plaidoyer inattendu

Arrêté en juillet 2024 après son atterrissage dans un aéroport du Texas, Zambada a toujours affirmé avoir été enlevé au Mexique et livré aux autorités américaines contre son gré par Joaquín Guzmán López, l’un des fils d’El Chapo, dans le cadre d’un accord secret avec Washington. Ces circonstances troubles n’ont pas empêché la justice américaine de le juger, le narcotrafiquant ayant finalement choisi de plaider coupable, une décision rare pour un homme qui avait échappé aux forces de l’ordre pendant des décennies.

Lors de l’audience de lundi, vêtu d’un uniforme beige et apparaissant affaibli, « El Mayo » a lu une déclaration en espagnol. Il a reconnu sa responsabilité : « Je me présente aujourd’hui devant vous en sachant que mes actes ont causé du tort. J’ai choisi cette voie et je comprends qu’aujourd’hui, je dois répondre de ces décisions. »

« La violence doit cesser au Mexique »

Dans un moment de lucidité saisissant, le vieux baron a dressé un réquisitoire contre la guerre de la drogue : « La violence doit cesser au Mexique et ailleurs. Personne ne gagne dans une guerre comme celle-ci. » S’adressant directement aux jeunes, il a lancé : « Choisissez une autre voie. » Il a évoqué une enfance dans un environnement où le crime semblait normal, sans chercher à s’en excuser.

Le juge Cogan, tout en saluant la prise de conscience du prévenu, a rappelé l’ampleur des dégâts : « Il passera le reste de ses jours en prison. Il l’accepte. » Il a souligné que les quantités de drogue écoulées – au moins 1,5 million de kilogrammes de cocaïne rien que pour la période 1980-2024 – et la violence endémique justifiaient cette peine maximale.

Les avocats de la défense ont demandé que leur client, âgé et malade, soit incarcéré dans un hôpital pénitentiaire fédéral. Le juge a accepté de formuler cette recommandation, laissant la décision finale au Bureau fédéral des prisons des États-Unis. Quoi qu’il en soit, Ismael Zambada ne reverra jamais la liberté. Sa condamnation marque la fin d’une ère pour le cartel de Sinaloa, même si ses successeurs, souvent plus jeunes et plus imprévisibles, continuent d’alimenter le trafic de fentanyl, qui reste la crise sanitaire numéro un aux États-Unis.

Par Ousmane Diallo 

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