Cameroun : après 56 jours d’absence, le gouvernement brise le silence et assure que Paul Biya est « en vie »
Cinquante-six jours. C’est le temps qu’il aura fallu au gouvernement camerounais pour sortir de son mutisme. Ce dimanche, sur les ondes de RFI, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, a mis fin à un silence pesant qui alimentait depuis près de deux mois toutes les spéculations sur l’état de santé du président Paul Biya, 93 ans, doyen des chefs d’État en exercice dans le monde .
« Le président est en vie. Il n’y a aucune vacance du pouvoir ! » a martelé le ministre, invité en exclusivité au micro de Polycarpe Essomba. Une déclaration qui intervient alors que l’absence du chef de l’État, parti le 7 juin dernier pour un « court séjour privé en Europe » en compagnie de son épouse, est devenue la plus longue jamais enregistrée depuis son arrivée au pouvoir en 1982, dépassant déjà les 42 jours d’une précédente absence en 2024 .
Pendant ces deux mois, le vide médiatique a été quasi total. Aucune image du président, aucune déclaration, aucune apparition publique. Seules quelques correspondances protocolaires et la signature de décrets militaires ont été diffusées au nom de Paul Biya, sans parvenir à dissiper les doutes . Sur les réseaux sociaux et dans les médias, une seule question revenait : où est le président ? Quel est son état de santé ?
Face à ce flou, l’opposition a haussé le ton. Des voix, comme celle du député Jean-Michel Nintcheu, ont appelé le Conseil constitutionnel à constater la vacance du pouvoir . L’Union démocratique du Cameroun (UDC) a réclamé des « éclaircissements sur la continuité de l’État » . D’autres observateurs, à l’instar du Pr Jean Calvin Aba’a Oyono, ont dénoncé une « faute professionnelle » du Conseil constitutionnel qui, selon lui, « commet une faute professionnelle par évitement de ce débat sur les vacances et empêchements présidentiels » .
Dans son interview, René Emmanuel Sadi a balayé ces demandes. « Les figures de l’opposition qui réclament à cor et à cri une constatation de la vacance du pouvoir à la tête de l’État devraient, me semble-t-il, avoir une lecture de la Loi fondamentale qui soit plus rigoureuse et plus objective », a-t-il déclaré . Il a rappelé que seule une décision du Conseil constitutionnel pourrait établir une telle vacance, ce qui n’est pas le cas à ce jour .
Le ministre a également rejeté les rumeurs d’hospitalisation du président en Suisse, sans toutefois préciser où se trouve exactement Paul Biya ni les raisons de ce séjour prolongé. « Je ne peux pas vous dire avec exactitude quand est-ce que le président Paul Biya revient. Et même si je le savais, il ne m’appartient pas de l’annoncer ici », a-t-il éludé, avant d’ajouter : « Je peux au moins me permettre de vous dire qu’il revient très bientôt » .
Une question institutionnelle qui demeure
Au-delà de l’immédiateté, cette situation met en lumière un vide institutionnel dont les conséquences pourraient être lourdes. La révision constitutionnelle d’avril 2026, qui a rétabli le poste de vice-président de la République, devait justement permettre de garantir la continuité de l’État. Ce poste, qui fait du vice-président le successeur constitutionnel du chef de l’État en cas de vacance, demeure à ce jour vacant . Une situation que l’opposition ne manque pas de souligner, tandis que des analystes estiment que la question de l’après-Biya est désormais installée au cœur du débat public .
Alors que le Cameroun retient son souffle, la promesse d’un retour « imminent » du président laisse encore planer une incertitude. Reste à savoir si cette déclaration du gouvernement suffira à apaiser les craintes et à rétablir la confiance, ou si elle ne fera que nourrir de nouvelles interrogations sur la gouvernance d’un pays dont le chef de l’État, à 93 ans, s’absente désormais régulièrement et longtemps .
Par Georges Domo

