Afrique du Sud : Pretoria réclame le remboursement des expulsions aux pays africains concernés

 

Après avoir dépensé près de 300 millions de rands dans des opérations de rapatriement sans précédent, le gouvernement sud-africain annonce qu’il facturera désormais aux pays d’origine les frais liés à l’expulsion de leurs ressortillants. Le Nigeria et le Ghana ont déjà organisé des rapatriements à leurs frais.

L’Afrique du Sud a décidé de passer à la caisse. La première économie du continent, confrontée à une vague d’expulsions et de rapatriements massifs de migrants clandestins, a annoncé qu’elle allait désormais facturer aux pays d’origine les coûts liés au retour de leurs ressortissants. Une décision qui risque de tendre un peu plus les relations diplomatiques déjà fragiles entre Pretoria et plusieurs capitales africaines .

La facture est salée. Selon le ministère sud-africain de l’Intérieur, le pays a dépensé plus de 292 millions de rands (environ 16 millions d’euros) ces derniers mois pour organiser l’accueil, le transport et le rapatriement de dizaines de milliers d’étrangers en situation irrégulière . Des dépenses qualifiées d’« imprévues et inévitables » par le directeur général du ministère, Tommy Makhode, qui a reconnu devant le Parlement que son département n’avait budgétisé que 60 millions de rands pour les expulsions cette année .

« À l’avenir, nous facturerons aux pays les frais liés à l’expulsion de leurs ressortissants ou à leur placement en détention provisoire », a déclaré Chrispin Phiri, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, cité par plusieurs médias . Une menace à peine voilée, alors que Pretoria a déjà adressé des demandes écrites de compensation aux gouvernements du Malawi, du Nigeria et de l’Éthiopie .

Une vague d’expulsions sans précédent

Ces demandes interviennent dans un contexte de fortes tensions sociales. Depuis le printemps dernier, l’Afrique du Sud est secouée par une vague de manifestations anti-étrangers, alimentée par un chômage chronique et des inégalités criantes. Des groupes radicaux accusent les migrants de voler emplois et services publics, forçant plusieurs pays africains à organiser d’urgence le rapatriement de leurs ressortissants .

· Ghana : Plus de 1 000 Ghanéens ont été évacués par vols charters, principalement à la charge de leur gouvernement .
· Nigeria : Le premier vol de rapatriement, transportant 258 Nigérians, est arrivé à Lagos mercredi .
· Malawi et Mozambique : Ces pays ont également initié des opérations similaires pour rapatrier leurs citoyens .

Selon les chiffres officiels, près de 83 000 personnes ont quitté le territoire sud-africain depuis le début des tensions, soit par expulsion, soit par rapatriement volontaire. Mais les pays d’origine avancent un chiffre bien plus élevé, évoquant près de 178 000 départs . Rien qu’au mois de juillet, plus de 16 000 personnes ont été arrêtées pour infraction à la législation sur l’immigration .

En exigeant le remboursement des expulsions, Pretoria justifie sa position par un argument comptable. La plupart des pays ayant organisé des évacuations ont prouvé, selon les autorités sud-africaines, qu’ils disposent des capacités logistiques et financières pour transporter leurs ressortissants . Dès lors, pourquoi l’Afrique du Sud paierait-elle seule la note ?

« Nous avons noté que certains pays ont la capacité de rapatrier leurs nationaux. Cela crée une bonne base pour établir une relation structurée à l’avenir », a expliqué Chrispin Phiri .

Mais cette position risque de braquer davantage des partenaires déjà mécontents. Le Ghana avait récemment demandé que la situation en Afrique du Sud soit inscrite à l’ordre du jour d’une prochaine réunion de l’Union africaine, une proposition rejetée par l’organisation continentale . Par ailleurs, certains pays, comme le Nigeria et le Ghana, avaient évoqué la possibilité de demander des dédommagements à Pretoria pour les préjudices subis par leurs ressortissants .

La question migratoire s’annonce donc comme un nouveau terrain de friction diplomatique, à l’heure où l’image de l’Afrique du Sud comme puissance morale du continent est déjà mise à mal par les violences xénophobes récurrentes . Pretoria, qui assure vouloir intensifier les opérations de contrôle, semble avoir choisi la manière forte . Reste à savoir si ses voisins accepteront de payer l’addition.

Par Jérôme Wailifu 

Commentaires Facebook