Tchad : Affaire Mahadjirie Abdoulaye : La défense dénonce un « procès médiatique » et réclame le respect de la présomption d’innocence
L’affaire du meurtre d’une femme, survenu en mai dernier, continue de susciter des remous au Tchad. Alors que l’instruction judiciaire se poursuit, la défense de la principale suspecte, Mahadjirie Abdoulaye, a tiré la sonnette d’alarme ce samedi 22 août. Lors d’un point de presse tenu à N’Djamena, Me Allahta Amos, avocat de la mise en examen, a dénoncé ce qu’il qualifie de « procès médiatique » et appelé au strict respect de la présomption d’innocence pour sa cliente et ses co-inculpés.
Une instruction en cours, une image déjà diffusée
Au cœur des préoccupations de la défense : la diffusion massive sur les réseaux sociaux d’une photographie de Mahadjirie Abdoulaye à visage découvert. Cette publication, notamment relayée par une page dénommée « Police du Tchad », a été vivement critiquée par Me Allahta Amos. Selon lui, cette pratique est non seulement prématurée mais aussi gravement préjudiciable.
« Rien, jusque-là, dans le dossier d’instruction, n’indique la culpabilité de ma cliente ni celle de ses co-inculpés. En diffusant son image, on la désigne à la vindicte populaire comme si elle était déjà coupable. Cela constitue une atteinte manifeste à ses droits et risque d’influencer l’opinion publique avant même que la justice n’ait rendu son verdict, » a déclaré l’avocat.
Les circonstances de l’arrestation rappelées
Me Allahta Amos a également tenu à rappeler les circonstances de l’arrestation de sa cliente. Selon ses explications, Mahadjirie Abdoulaye a été interpellée au Nigeria, où elle se rendait pour recevoir des soins médicaux, sur la base d’un mandat d’arrêt international. Un élément qui, selon lui, ne préjuge en rien de sa culpabilité.
Au-delà de la dénonciation des fuites et des atteintes à la vie privée, l’avocat a tenu à rassurer sur la volonté de sa cliente de collaborer pleinement avec la justice tchadienne. Il a affirmé que celle-ci est déterminée à contribuer à l’élucidation des circonstances du drame.
« Mahadjirie Abdoulaye ne se reproche rien et reste déterminée à coopérer avec la justice de son pays pour que le véritable coupable de ce crime odieux soit connu. Un procès pénal ne doit pas servir à l’humiliation ni à une condamnation publique avant toute décision de justice, » a-t-il insisté.
La défense demande ainsi que « l’honneur et la dignité » de sa cliente soient préservés tout au long de la procédure, et que les investigations puissent se dérouler dans le calme et la sérénité, loin des passions médiatiques.
Cette affaire met une fois de plus en lumière la fragilité de la présomption d’innocence, un principe fondamental de tout État de droit. Alors que l’instruction se poursuit, il appartient désormais à la justice de faire la lumière sur ce dossier complexe, tandis que les avocats de la défense veilleront à ce que les droits de leur cliente soient respectés.
Par Kenzo Brown

