Centrafrique : Tensions transhumantes – un nouveau massacre provoque l’exode de 2 700 civils à Batangafo

 

La préfecture de l’Ouham-Fafa est une nouvelle fois secouée par une flambée de violence communautaire. Dans la foulée de l’assassinat d’un éleveur, survenu le 24 août près du village de Ngapele, à une dizaine de kilomètres de Batangafo, ce sont plus de 2 600 personnes qui ont été contraintes à la fuite, ravivant le spectre d’une crise humanitaire récurrente dans le nord-ouest centrafricain.

Selon les derniers rapports de la Coordination humanitaire, 544 ménages ont abandonné leurs foyers à Mballa et Ngapele, se réfugiant dans les localités de Bobazi et Bogoro. La majorité des déplacés – des femmes et des enfants pour l’essentiel – sont actuellement entassés dans des églises et des bâtiments scolaires, dans des conditions de survie jugées alarmantes par les premiers observateurs sur place.

Si l’incident initial – le meurtre d’un pasteur nomade – reste flou dans ses circonstances exactes, il a suffi à enflammer les peurs ancestrales liées à la transhumance. Dans cette région où cohabitent agriculteurs sédentaires et éleveurs transhumants, la mort d’un berger est souvent perçue comme un prélude à des représailles collectives, déclenchant un mécanisme de fuite bien rodé mais toujours aussi dévastateur.

Les évaluations rapides menées par les agences humanitaires pointent des besoins urgents et multidimensionnels : denrées alimentaires, accès à l’eau potable, abris d’urgence et dispositifs de protection pour les groupes vulnérables. Un processus de profilage est en cours afin d’affiner la réponse, mais les acteurs sur le terrain alertent déjà sur l’insuffisance des ressources disponibles face à l’ampleur des besoins.

Ce nouvel épisode de déplacement massif illustre avec brutalité l’échec des mécanismes locaux de régulation des conflits pastoraux. Alors que la saison sèche approche et que les mouvements de bétail s’intensifient, la communauté internationale et les autorités locales sont sous pression pour renforcer les dispositifs de médiation communautaire, faute de quoi des scénarios similaires pourraient se reproduire à grande échelle dans d’autres préfectures fragiles.

En attendant, près de 3 000 âmes vivent dans l’incertitude à Bobazi et Bogoro, rappelant que derrière chaque statistique humanitaire se cache une population abandonnée, en attente d’une protection que l’État et ses partenaires peinent encore à garantir.

Par Frédéric Konaté 

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