Sénégal : Course à l’ONU : Macky Sall face à un mois de septembre décisif, entre soutien officiel de Dakar et opposition persistante
La candidature de l’ancien président sénégalais à la tête des Nations unies entre dans une phase charnière. Trois dates clés sont désormais sur le calendrier : un sondage informel prévu pour le 17 septembre, suivi de deux autres consultations les 28 et 29 du même mois. Des échéances qui pourraient dessiner les contours définitifs de la course au sommet de l’ONU.
Alors que les tractations se poursuivent en coulisses au sein du Conseil de sécurité, le camp de Macky Sall reste sous pression. Une opposition structurée, incarnée par la plateforme « Non à Macky Sall », ne relâche pas ses efforts pour faire barrage à l’ancien chef de l’État sénégalais et empêcher son nom de s’imposer dans ce processus hautement concurrentiel.
Dans le mécanisme complexe de désignation du Secrétaire général, les fameux « straw polls » – ces consultations informelles qui jalonnent la procédure – ne constituent qu’une étape intermédiaire. Aucune candidature n’est définitivement écartée aussi longtemps que le Conseil de sécurité n’a pas officiellement transmis une recommandation à l’Assemblée générale.
C’est précisément sur ce créneau que la plateforme opposante entend maintenir la pression. Selon Oumou Diallo, sa coordonnatrice, la mobilisation ne doit en aucun cas faiblir. Les prochaines consultations s’annoncent donc comme un baromètre essentiel pour mesurer l’évolution des rapports de force entre les prétendants.
Un bilan en demi-teinte
Les premiers scrutins informels ont livré des résultats contrastés pour le candidat sénégalais. Le 30 juillet, il a recueilli six voix d’encouragement, sept de découragement et deux abstentions. Le second tour du 21 août n’a pas fondamentalement modifié l’équilibre, affichant des chiffres identiques.
Pourtant, cette stabilité relative dans un contexte globalement plus hostile permet à Macky Sall de gagner une place dans le classement, profitant des dégradations enregistrées par d’autres candidatures mieux positionnées initialement. Mais ce statu quo ne constitue pas encore une dynamique de victoire.
Dakar entre officiellement en campagne
Un tournant majeur est intervenu le 20 juillet dernier, lorsque le Sénégal a officiellement annoncé son soutien à la candidature de Macky Sall, après plusieurs mois d’hésitation. Ce ralliement est intervenu trois jours après une rencontre historique entre l’ancien président et son successeur, Bassirou Diomaye Faye, à Dakar.
Ce revirement s’explique par le contexte politique national. La rupture survenue en mai 2026 entre le président Faye et Ousmane Sonko a offert à Macky Sall une ouverture inattendue, libérant le chef de l’État des contraintes liées aux positions historiques de son ancien allié. Désormais, la diplomatie sénégalaise peut pleinement s’investir dans cette candidature perçue comme un levier pour renforcer l’influence du pays sur la scène multilatérale.
Le président Faye a d’ailleurs instruit le gouvernement et les missions diplomatiques de mener activement campagne pour Macky Sall, qualifiant désormais cette candidature de « candidature du Sénégal au service de l’Afrique ».
Pour être retenu, un candidat doit réunir au moins neuf voix sur quinze au Conseil de sécurité, sans qu’aucun des cinq membres permanents – États-Unis, Royaume-Uni, France, Russie et Chine – n’oppose son veto. Un équilibre diplomatique délicat à atteindre.
Parallèlement, la contestation portée par les collectifs de victimes continue d’alimenter le débat public. Des manifestations ont été organisées à Dakar et Ziguinchor pour réclamer justice et demander le rejet de la candidature, dénonçant les violations des droits humains imputées à l’ancien régime. Le mouvement a également fait entendre sa voix lors des auditions tenues au siège de l’ONU.
La course à la succession du Secrétaire général reste donc ouverte. Partisans et opposants disposent encore de plusieurs semaines pour tenter d’influencer le processus. Le prochain « straw poll » s’annonce comme un révélateur plus significatif que les deux précédents, susceptible de redessiner les équilibres dans cette compétition diplomatique de premier plan.
Par Frédéric Konaté

