Kenya : un officier appelle à ne pas s’en prendre aux petits commerçants étrangers
Alors que les tensions montent autour des commerçants étrangers exerçant de petites activités au Kenya, un officier kényan a lancé un appel au calme, exhortant la population à ne pas s’attaquer aux immigrés qui gèrent de petits commerces. Il cite l’exemple de l’Afrique du Sud pour éviter les mêmes dérives.
L’officier met en garde contre les conséquences désastreuses d’une telle hostilité, rappelant que son pays a tout à perdre à emprunter la voie de la xénophobie.
Le précédent sud-africain comme avertissement
L’expérience sud-africaine est citée en exemple pour illustrer les dangers d’une escalade des tensions. Ces dernières années, l’Afrique du Sud a été le théâtre de violences xénophobes récurrentes visant les commerçants étrangers, entraînant le départ de plus de 178 000 migrants africains, dont plus de 115 000 vers le Zimbabwe et plus de 56 000 vers le Malawi .
Ces événements ont montré combien il est difficile, une fois enclenchée, de séparer l’application légitime des lois sur l’immigration d’une hostilité généralisée envers les étrangers .
Cet appel intervient dans un contexte de vives tensions au Kenya. Depuis que le président William Ruto a ordonné, le 2 septembre dernier, la fermeture des petites entreprises opérées par des étrangers, des scènes de panique et d’hostilité ont été signalées .
Des centaines de Burundais se sont précipités vers leur ambassade à Nairobi pour obtenir des documents de voyage, cherchant à quitter le pays dans l’urgence . Des témoignages font état de menaces et d’attaques visant des commerçants étrangers, notamment dans les quartiers d’Eastleigh et Dandora à Nairobi .
Les autorités kényanes ont le droit de réguler l’immigration et l’activité économique des non-citoyens. Toutefois, plusieurs organisations, dont la Law Society of Kenya et la Commission internationale de juristes, insistent sur le fait que ce pouvoir doit s’exercer dans le respect de la Constitution et des engagements internationaux du pays .
« La loi doit s’appliquer aux comportements, pas à la nationalité », souligne la Law Society of Kenya, rappelant qu’aucune directive gouvernementale n’autorise les citoyens à agresser des personnes ou à confisquer des biens .
L’officier kényan insiste sur la nécessité de préserver la cohésion sociale et de ne pas céder à la tentation du bouc émissaire. Les commerçants étrangers, souvent installés depuis des années, contribuent à l’économie locale en payant des taxes et en créant des emplois .
Le gouvernement kényan a depuis accordé un délai de 90 jours aux étrangers concernés pour régulariser leur situation, tout en avertissant que toute personne s’en prenant aux étrangers aurait à répondre de ses actes devant la loi .
Par Rodrigue Izumo

