Guinée-Bissau : les autorités militaires ordonnent le déplacement des sièges de partis situés près des institutions publiques
Le Haut Commandement militaire de Guinée-Bissau a donné sept jours ouvrables aux partis politiques dont les sièges se trouvent à moins de 500 mètres des institutions publiques, des hôpitaux, des missions diplomatiques ou des installations militaires pour les déplacer. La décision, annoncée le 15 septembre, vise officiellement à « préserver le climat de paix et de sécurité » à l’approche des élections générales du 6 décembre.
La mesure s’appuie sur l’article 10 de la loi-cadre sur les partis politiques, adoptée en février dernier, qui interdit l’installation de sièges de formations politiques dans ces zones sensibles. Le ministre de l’Intérieur a été chargé de veiller à son application immédiate. Aucun parti n’est nommément cité dans la résolution, mais deux formations sont directement concernées à Bissau : le PAIGC (Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert) et le MADEM-G15, dont les sièges nationaux se trouvent à proximité immédiate du complexe présidentiel.
Le PAIGC et le MADEM-G15 en première ligne
Le siège du PAIGC, situé sur la Praça dos Heróis Nacionais, fait face au palais présidentiel. Ce bâtiment, conçu dans les années 1950 par l’architecte Jorge Chaves, était considéré comme l’un des meilleurs édifices de Bissau à l’époque de l’indépendance. Le parti, fondé en 1956 et au pouvoir de 1974 jusqu’au coup d’État de 2025, occupait ce siège historique de manière continue.
Le MADEM-G15, deuxième force politique du pays, dispose également d’une implantation à proximité du palais présidentiel. Selon des observateurs cités par le quotidien portugais Público, « peu de gens doutent, à Bissau et dans la diaspora bissau-guinéenne, que la mesure vise à éloigner le plus grand parti du pays et principale force d’opposition de l’emplacement privilégié qu’il occupe depuis l’indépendance ».
Cette décision s’inscrit dans une séquence marquée par la transition militaire entamée après le coup d’État du 26 novembre 2025, qui a renversé le président Umaro Sissoco Embaló quelques heures avant la proclamation des résultats de l’élection présidentielle. Le général Horta N’Tam, à la tête de la transition, s’est engagé à organiser des élections générales le 6 décembre 2026 pour restaurer un pouvoir civil.
Le 30 août dernier, un référendum constitutionnel a approuvé à 70 % des suffrages exprimés une nouvelle Constitution qui transforme le système semi-parlementaire en régime présidentiel fort, réduisant le Parlement de 102 à 65 sièges et conférant au chef de l’État le pouvoir de nommer et révoquer le Premier ministre et les membres du gouvernement.
Le PAIGC et des organisations de la société civile avaient appelé au boycott de ce scrutin, dénonçant un « stratagème visant à institutionnaliser l’autocratie ». Le dirigeant du PAIGC, Domingos Simões Pereira, reste placé en résidence surveillée depuis janvier 2026 après plusieurs semaines de détention.
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) avait salué en janvier les mesures d’ouverture annoncées par les autorités de transition, notamment la formation d’un gouvernement inclusif avec des postes ministériels attribués au PAIGC et au groupe dirigé par Fernando Dias da Costa, ainsi que la libération de prisonniers politiques. L’organisation régionale a toutefois maintenu ses appels à la libération complète de Domingos Simões Pereira et à la garantie des libertés fondamentales.
Le Sénégal a été désigné en juillet par la CEDEAO comme facilitateur du processus de transition, chargé de soutenir le dialogue en vue d’une restauration inclusive et ordonnée de l’ordre constitutionnel.
La Guinée-Bissau, pays lusophone d’environ deux millions d’habitants, a connu cinq coups d’État et plusieurs tentatives de putsch depuis son indépendance du Portugal en 1974.
Par Cherif Keita

