Afrique :Le Qatar bloque la justice : le Cameroun veut récupérer 660 000 dollars versés en 2018 pour la réparation d’un hélicoptère présidentiel
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Une procédure judiciaire à rebondissements se déroule actuellement devant la cour civile et commerciale du Qatar Financial Centre, dans le cadre de la liquidation de la société Horizon Crescent Wealth (HCW).
L’État du Cameroun cherche à récupérer 660 000 dollars, soit environ 335 millions de FCFA, versés en 2018 pour le dépannage d’un hélicoptère présidentiel. Mais la démarche se heurte pour l’instant à un obstacle procédural : la légitimité de l’avocat mandaté par l’État camerounais.
Dans un arrêt rendu le 24 février 2025, la justice qatarie a exigé que l’avocat suisse Jean Orso, qui avait introduit la demande de restitution au nom de l’État du Cameroun, présente une habilitation plus claire et adéquate. Cette décision purement procédurale ne tranche pas le fond du dossier, mais elle suspend l’examen de la requête camerounaise aussi longtemps que la preuve du mandat de l’avocat n’est pas formellement rapportée.
L’affaire remonte à janvier 2018. Selon la requête déposée par le Cameroun, l’État avait conclu un contrat avec une filiale de Horizon Crescent Wealth LLC (HCW) pour la réparation d’un hélicoptère présidentiel. Le Cameroun aurait alors versé 660 000 dollars pour solder les travaux et récupérer l’appareil.
Mais les fonds n’ont pas été versés à la filiale signataire du contrat : ils ont été transférés sur le compte de sa société mère, HCW. Peu après, les comptes de HCW ont été gelés par les autorités qataries dans le cadre d’une enquête pour blanchiment d’argent. En décembre 2023, HCW a été officiellement placée en liquidation.
Le 21 janvier 2025, le Cameroun a saisi la cour civile et commerciale du Qatar Financial Centre. L’État ne se présente pas comme un simple créancier, mais revendique la propriété des 660 000 dollars. Cette distinction est capitale : si les fonds sont considérés comme des actifs détenus en fiducie pour le compte d’un tiers, ils ne font pas partie de la masse liquidative de HCW et peuvent théoriquement être restitués en priorité. En revanche, si le Cameroun est traité comme un créancier ordinaire, il devra faire la queue avec les autres et ne récupérer qu’une fraction de la somme.
La décision du 24 février 2025 ne porte pas sur le fond. Elle se concentre sur une question préalable : l’avocat représentant le Cameroun dispose-t-il d’un mandat valable ?
Les documents montrent que la procuration soumise par Jean Orso est datée du 17 janvier 2025, soit quatre jours seulement avant le dépôt de la requête. Elle a été signée par un autre avocat genevois, dont l’habilitation originale remonte à septembre 2018 — et portait sur un litige distinct, opposant le Cameroun à la filiale de HCW. La cour a jugé cette « chaîne de mandats » trop longue et insuffisamment documentée. Elle exige donc une « habilitation appropriée » avant de poursuivre l’examen.
Fait notable : Jean Orso n’est pas un nouveau venu dans ce dossier. Les documents de la procédure de liquidation indiquent qu’en décembre 2023, son cabinet avait informé la cour qu’il représentait… HCW. En avril 2024, il plaidait encore pour HCW en appel. En juillet 2024, une autre décision le mentionnait toujours comme conseil d’un dirigeant de HCW cherchant à remplacer le liquidateur.
Puis, en janvier 2025, une nouvelle procuration le fait changer de camp : il représente désormais le Cameroun, qui réclame de l’argent à HCW. Ce revirement soulève des questions de conflit d’intérêts, mais aucune juridiction ne s’est encore prononcée sur ce point.
La décision qatarie ne révèle ni le nom de la filiale signataire, ni l’identité de l’organisme camerounais ayant autorisé le paiement, ni le modèle ou l’immatriculation de l’hélicoptère, ni même si les travaux de réparation ont été effectivement réalisés. Le cheminement exact des fonds reste flou : pourquoi un paiement destiné à la filiale a-t-il été dirigé vers la société mère ?
À ce stade, ni les autorités camerounaises ni le cabinet de Jean Orso n’ont réagi publiquement. La suite dépendra de la capacité du Cameroun à fournir rapidement les documents exigés et, au-delà, de la question de fond : à qui appartiennent réellement ces 660 000 dollars ?
Par Georges Domo

