Soudan du Sud : Salva Kiir dissout le gouvernement de transition à trois mois des élections

 

Le président sud-soudanais a annoncé mardi soir la dissolution immédiate du gouvernement d’unité nationale de transition, mettant fin à l’accord de paix de 2018. Les cinq vice-présidents, dont Riek Machar, ainsi que tous les ministres et députés ont été limogés. Une administration intérimaire a été nommée pour préparer les élections du 22 décembre.

Le président sud-soudanais Salva Kiir a dissous, mardi 22 septembre au soir, le gouvernement d’unité nationale de transition, mettant fin à l’exécutif issu des accords de paix de 2018. Cette décision entraîne le limogeage de l’ensemble des ministres, des députés ainsi que des cinq vice-présidents du pays .

Parmi les personnalités démises figure l’historique chef de l’opposition et premier vice-président, Riek Machar. Actuellement en résidence surveillée après avoir été jugé durant un an dans la capitale, le principal rival du chef de l’État se voit ainsi définitivement écarté de l’exécutif .

Le décret présidentiel, lu à la télévision d’État SSBC, précise que le pouvoir judiciaire et les institutions de sécurité restent pleinement opérationnels. Salva Kiir demeurera en fonction « pendant la période électorale jusqu’à ce que le prochain président élu entre en fonctions » .

Une administration intérimaire mise en place

Dans la foulée, le président Kiir a nommé une administration intérimaire chargée d’expédier les affaires courantes et de superviser la préparation du scrutin. Treize ministères intérimaires ont été constitués, notamment aux Finances, aux Affaires étrangères, à l’Intérieur, à la Défense et à la Sécurité nationale . Des gouverneurs intérimaires ont également été désignés pour les dix États et les trois zones administratives du pays .

Cette décision intervient au lendemain de la promulgation par Salva Kiir d’amendements à la loi électorale. Ces modifications permettent au processus électoral d’avancer sans l’achèvement préalable d’une Constitution permanente ni d’un recensement national, deux conditions pourtant prévues par l’accord de paix de 2018 .

Des conditions préalables non remplies

L’accord de paix de 2018, qui avait mis fin à cinq années de guerre civile ayant fait environ 400 000 morts, prévoyait une période de transition devant s’achever par des élections. Celles-ci, initialement prévues pour 2022, ont été reportées à deux reprises .

Plusieurs préalables stipulés par l’accord n’ont jamais été mis en œuvre : le Soudan du Sud n’a toujours pas de Constitution définitive, aucun recensement de la population n’a été effectué et l’enregistrement des électeurs n’a pas commencé . L’unification des forces armées loyales aux différents camps politiques reste également inachevée .

Amnesty International a qualifié la dissolution du gouvernement de « pas décisif » vers les premières élections de l’histoire du pays. Toutefois, l’organisation a exhorté les autorités à « veiller à ce qu’un environnement favorable existe pour que les personnes puissent voter et se présenter aux élections » .

« La légitimité de toute élection dépend non seulement du fait qu’elle ait lieu, mais aussi de la possibilité pour les personnes d’exercer leurs droits librement, en toute sécurité et sur un pied d’égalité », a souligné Amnesty International .

Des analystes cités par l’AFP ont averti que les changements législatifs offrent à Salva Kiir un contrôle sans partage. « Kiir sera la seule personne au pouvoir, sans vice-présidents, sans exécutif, sans parlement », a déclaré Michael Wani, avocat et ancien membre du comité de rédaction de la Constitution . L’analyste indépendant Machot Amuom a évoqué « beaucoup d’ambiguïté » dans les modifications légales, estimant que le président pourrait même décider de reporter les élections d’un an ou deux .

La Commission des droits de l’homme des Nations unies pour le Soudan du Sud avait averti en août que des élections organisées sans garanties adéquates pourraient attiser un nouveau conflit et accroître le risque de violations graves des droits humains .

La dissolution du gouvernement s’est déroulée dans un contexte de sécurité renforcée à Djouba. Des checkpoints et des fermetures de routes ont été signalés autour du complexe gouvernemental, tandis que les forces de sécurité ont été placées en état d’alerte élevé pendant trois jours .

Riek Machar, qui avait été nommé vice-président en vertu de l’accord de paix de 2018, a été suspendu de ses fonctions en 2025 et fait l’objet d’un procès pour trahison et meurtre, charges qu’il rejette . Son parti, le SPLM-IO, a rejeté les modifications législatives et averti que toute tentative d’enregistrement des électeurs dans les territoires qu’il contrôle serait considérée comme un acte hostile .

Les élections générales sont prévues le 22 décembre 2026. Il s’agira des premières élections nationales depuis l’indépendance du Soudan du Sud en 2011 .

Par Rodrigue Izumo 

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