États-Unis : Trump invite Poutine au G20 de Miami : un pari qui fâche les alliés

 

En invitant officiellement Vladimir Poutine au sommet du G20 de décembre à Miami, Donald Trump tourne la page de plus de quatre ans d’isolement diplomatique de la Russie. Une décision annoncée sans concertation qui passe mal à Paris, Londres et Ottawa.

L’invitation est sur la table, le Kremlin prend son temps

L’information a été lâchée par Marco Rubio, au lendemain d’un entretien avec son homologue russe Sergueï Lavrov, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à New York. Le secrétaire d’État américain a confirmé que Donald Trump avait bel et bien adressé une invitation officielle à Vladimir Poutine pour le sommet du G20 de Miami. Objectif affiché : permettre au président russe de s’entretenir non seulement avec son homologue américain, mais aussi avec d’autres dirigeants de la planète.

« Pour résoudre les problèmes, il faut rencontrer ceux avec qui on est en désaccord », a justifié le chef de la diplomatie américaine, assumant sans détour ce choix du dialogue direct.

Côté russe, on accuse réception avec politesse. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a confirmé dès le 24 septembre que l’invitation avait bien été reçue, remerciant Washington pour ce geste « amical », avant de préciser que Moscou l’examinerait « avec attention ». La suite passera par les canaux diplomatiques.

Si Vladimir Poutine faisait le déplacement, ce serait sa première participation en personne à un sommet du G20 depuis Osaka, en 2019. Il avait ensuite déserté les éditions de Bali et de New Delhi, conséquence directe du conflit ukrainien. Ce serait surtout sa première venue sur le sol américain depuis le début de la guerre, en février 2022.

Paris, Londres et Ottawa en colère

Le hic, c’est que l’invitation a été lancée sans la moindre concertation avec les partenaires européens et l’OTAN. Une méthode qui a immédiatement fait réagir.

La France, le Royaume-Uni et le Canada comptent parmi les pays qui refusent de voir Vladimir Poutine revenir sur la scène internationale sans concessions préalables sur le dossier ukrainien. Ces alliés historiques de Washington se retrouvent coincés entre deux mauvaises options : encaisser sans broncher, ou afficher publiquement leur désaccord avec l’administration Trump.

Le précédent est encore frais. En marge d’une réunion des ministres des Finances du G20, l’Allemagne, la France, l’Italie et le Royaume-Uni avaient menacé de boycotter la traditionnelle « photo de famille » si le ministre russe des Finances, Anton Silouanov, y figurait. La délégation russe avait finalement été écartée du cliché.

Bruxelles ne compte pas baisser la garde

Du côté de l’Union européenne, la fermeté reste de mise. Un porte-parole de l’UE a fait savoir le 24 septembre que, peu importe la présence ou non de Vladimir Poutine à Miami, Bruxelles continuerait d’utiliser le G20 pour condamner « l’invasion à grande échelle » de l’Ukraine par la Russie. « Depuis 2022, l’UE se sert des réunions du G20 pour dénoncer fermement l’agression russe. Cette position ne changera pas », a-t-il insisté.

La logique Trump : dialoguer plutôt qu’isoler

Face aux critiques, Marco Rubio a défendu la position de la Maison-Blanche d’une formule limpide : « Si vous ne rencontrez que les gens avec qui vous êtes d’accord, les discussions sont agréables, mais il ne se passe rien. »

Le chef de la diplomatie américaine a également rappelé que Donald Trump était ouvert à « presque n’importe qui », tout en précisant que toute rencontre bilatérale devait avoir un « objectif ». Manière de dire que Washington cherche avant tout à faire avancer le dossier ukrainien par la voie directe. Une stratégie qui n’a toutefois pas encore porté ses fruits : le sommet américano-russe d’Anchorage, en août 2025, n’avait débouché sur aucune avancée concrète.

Un casse-tête pour les Européens

Comme le souligne le quotidien allemand Die Welt, cette invitation place les dirigeants européens dans une position délicate : boycotter le sommet reviendrait à s’aliéner Donald Trump ; y participer reviendrait à cautionner, de fait, le retour de Vladimir Poutine sur la scène diplomatique internationale.

Le sommet du G20 est prévu les 14 et 15 décembre au Trump National Doral Golf Club, à Miami. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait déjà fait savoir que, si Vladimir Poutine se rendait à Miami, il serait lui aussi prêt à faire le déplacement pour le rencontrer. « Nous devons nous voir, parler et décider », avait-il déclaré. Mais le Kremlin a, jusqu’à présent, toujours rejeté l’idée d’un face-à-face direct entre les deux hommes.

Par Ousmane Diallo 

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