Monde : La Russie rapatrie ses ambassadeurs de France et du Royaume-Uni, sans successeurs désignés

 

Deux décrets signés les 24 et 25 septembre 2026 ont mis fin aux fonctions d’Alexeï Mechkov à Paris et d’Andreï Kelin à Londres. Le Kremlin assume ce vide : faute de « relations bilatérales » avec Paris et Londres, rien ne justifie de se hâter pour nommer de nouveaux ambassadeurs. Les deux missions diplomatiques subsistent, confiées à des chargés d’affaires.

Moscou a procédé coup sur coup au rappel de deux de ses plus importants ambassadeurs en Europe occidentale. En deux jours, Vladimir Poutine a révoqué l’ambassadeur de Russie en France, puis celui en poste au Royaume-Uni, sans annoncer la moindre nomination pour les remplacer. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a lui-même reconnu qu’aucune urgence ne s’imposait, compte tenu de l’état des relations entre la Russie et ces deux pays.

Le premier décret, signé le 24 septembre, relève Alexeï Mechkov de ses fonctions d’ambassadeur de Russie en France et à Monaco. En poste depuis octobre 2017, ce diplomate de carrière avait auparavant occupé à deux reprises le poste de vice-ministre des Affaires étrangères, supervisant les dossiers européens, l’UE, l’OSCE, l’OTAN et le Conseil de l’Europe.

Le second décret, daté du 25 septembre, met fin aux fonctions d’Andreï Kelin comme ambassadeur au Royaume-Uni. Nommé en novembre 2019, il avait lui aussi dépassé de loin la durée habituelle d’une mission à ce poste, généralement de quatre à cinq ans.

Le Kremlin ne cache pas son indifférence

Interrogé sur l’absence de successeurs, Dmitri Peskov a expliqué que les décrets de révocation et de nomination n’étaient pas nécessairement signés le même jour, un délai pouvant séparer les deux actes.

« Surtout que, comme vous le constatez, en l’absence de relations bilatérales [avec Paris et Londres], il n’y a vraiment pas lieu de se presser », a-t-il déclaré.

La formule résume la position russe : dans un contexte de rupture quasi complète avec les deux capitales, le maintien d’un ambassadeur en titre n’apporte plus grand-chose à Moscou.

Des ambassades maintenues à minima

Les deux représentations n’ont pas fermé leurs portes. En attendant une éventuelle nomination, elles sont dirigées par des chargés d’affaires, conformément à la pratique diplomatique en vigueur. Le ministère russe des Affaires étrangères a rappelé que la désignation des ambassadeurs relevait du président, sans préciser l’identité de futurs titulaires.

Pour ce qui est des deux diplomates rappelés, Andreï Kelin avait lui-même évoqué, à l’été 2025, la fin prochaine de son mandat. Son nom est cité pour un poste au Conseil de la Fédération, voire pour succéder à l’ancien ambassadeur aux États-Unis, Kisliak. Alexeï Mechkov pourrait, selon plusieurs médias russes, devenir sénateur de la région de Tver.

Ces rappels interviennent alors que les relations entre Moscou et plusieurs capitales européennes restent figées. Le jour même de la révocation d’Alexeï Mechkov, Emmanuel Macron a évoqué ce qu’il présente comme des signes d’une nouvelle mobilisation russe, n’excluant pas de nouvelles « attaques hybrides » contre des pays de l’Union européenne.

Pour les observateurs, l’absence d’ambassadeur en titre constitue moins une rupture qu’un constat : lorsque le canal diplomatique ne fonctionne plus, le Kremlin préfère le réduire au minimum, en évitant toutefois la rupture totale que représenterait une fermeture d’ambassade.

Par Frédéric Konaté 

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