Serbie : Aleksandar Vučić quitte la présidence pour viser le poste de Premier ministre

Le président serbe Aleksandar Vučić a créé la surprise en annonçant sa démission, sept mois seulement avant la fin de son second mandat. Objectif affiché : prendre la tête de la liste de son parti aux élections législatives anticipées du 25 octobre et revenir aux affaires comme chef du gouvernement.

C’est sous les acclamations de ses partisans, devant le palais présidentiel, qu’Aleksandar Vučić a signé puis remis sa lettre de démission. « Je démissionne de mes fonctions de président », a-t-il déclaré, précisant qu’il transmettrait officiellement son mandat dès le lendemain matin à la présidente de l’Assemblée nationale.

La Constitution serbe lui interdisait de briguer un troisième mandat présidentiel. En prenant la tête de la liste du Parti progressiste serbe (SNS), il se positionne désormais comme le candidat naturel au poste de Premier ministre, après douze années passées aux plus hautes fonctions de l’État.

Conformément aux dispositions constitutionnelles, la présidente du Parlement, Ana Brnabić, assure depuis l’intérim à la tête de l’État. Cette fidèle alliée de Vučić, déjà ancienne Première ministre, disposera d’un délai maximal de trois mois pour organiser une nouvelle élection présidentielle.

La passation officielle des pouvoirs s’est tenue lundi à l’administration présidentielle serbe, comme l’a rapporté le quotidien Politika.

Cette annonce intervient après près de deux ans d’un mouvement de contestation inédit, né de l’effondrement meurtrier de l’auvent de la gare de Novi Sad en novembre 2024, qui avait fait seize morts. Très vite, les étudiants ont pris la tête de la mobilisation, dénonçant une corruption endémique et réclamant des élections anticipées.

Depuis, la contestation ne s’est jamais éteinte. En mars 2025, les rassemblements avaient rassemblé jusqu’à 300 000 personnes à Belgrade. En mai dernier, entre 180 000 et 190 000 manifestants défilaient encore dans les rues de la capitale pour exiger un scrutin anticipé.

Une grâce accordée avant le départ

Quelques instants avant de signer sa démission, Aleksandar Vučić a usé de ses prérogatives pour gracier 49 personnes poursuivies pour des infractions commises lors des manifestations. « J’ai décidé de gracier 49 personnes, dont 23 impliquées dans les terribles événements que nous avons vécus ces dix-huit derniers mois », a-t-il justifié, en référence aux protestations.

Le rendez-vous du 25 octobre s’annonce comme un moment charnière après quatorze années de pouvoir sans partage. Face au SNS, le mouvement étudiant présente des listes composées d’experts, de professeurs et de figures de la société civile, bien décidé à bousculer l’ordre établi.

Les sondages annoncent une course serrée, au point que certains observateurs qualifient ce scrutin de quasi-référendaire. Aleksandar Vučić, lui, accuse sans preuves ses adversaires et les médias critiques de vouloir « détruire l’État » sous influence étrangère, affirmant même que des troubles seraient planifiés pour la nuit du scrutin.

Au-delà de la seule direction politique du pays, l’enjeu est aussi institutionnel : le nouveau Parlement devra élire son président, qui succédera à Ana Brnabić à l’intérim présidentiel, avant de désigner le futur Premier ministre et de fixer la date de la prochaine élection présidentielle.

Par Francis Kaboré

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