Guinée : graciés, mais pas libres,  les 217 détenus d’Aliou Bah contraints à 45 jours de « stage civique »

 

Le décret de grâce signé par Mamadi Doumbouya le 2 octobre 2026 ne rend pas leur liberté immédiate aux 217 condamnés. Tous devront d’abord passer par un « stage d’encadrement civique et de préparation à la réinsertion » de 45 jours, dont les modalités restent à définir.

La grâce, oui. La liberté, pas tout de suite. C’est la singularité du décret signé par le président Mamadi Doumbouya le 2 octobre 2026, qui accorde une remise totale de peine à 217 condamnés, dont l’opposant Mamadou Aliou Bah.

Le texte, lu à la télévision nationale, assortit cette clémence d’une condition stricte : « l’accomplissement d’un stage d’encadrement civique et de préparation à la réinsertion d’une durée de 45 jours ». Autrement dit, la remise de peine ne prend effet qu’au terme de ce parcours obligatoire.

Une grâce sous condition

Le décret ne se contente pas de libérer. Il encadre. Tous les bénéficiaires  délinquants de droit commun comme condamnés pour atteintes à la sûreté ou à l’honneur sont soumis à la même exigence. Aucun n’échappe au dispositif.

Les modalités pratiques de ce programme seront fixées par un arrêté conjoint du ministre de la Justice et du ministre délégué à la Défense nationale. À ce stade, ni les lieux, ni l’encadrement, ni le suivi des participants n’ont été précisés.

Aliou Bah, symbole malgré lui

Parmi les 217 noms, celui de Mamadou Aliou Bah retient particulièrement l’attention. Le président du Mouvement démocratique libéral (MoDeL), condamné pour « offense et diffamation contre le chef de l’État », figure parmi les bénéficiaires issus du TPI de Kaloum.

Sa libération était attendue depuis des semaines, dans un contexte de débats sur l’ouverture de l’espace politique guinéen. Mais lui aussi devra passer par le stage civique avant de recouvrer pleinement sa liberté.

L’instauration de ce « stage » de 45 jours constitue une nouveauté dans le système pénitentiaire guinéen. Elle pose plusieurs questions : où se déroulera-t-il ? Qui l’encadrera ? Que se passera-t-il en cas de non-respect ? Le décret reste muet sur ces points, renvoyant l’essentiel à l’arrêté conjoint à venir.

En attendant, les 217 détenus graciés ne sont donc ni tout à fait en prison, ni tout à fait dehors. Une zone grise juridique et pratique, dont l’issue dépendra des textes d’application.

Par Cherif Keita 

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