Ukraine : Zelensky exhorte ses soutiens à faire pression sur Trump après la suspension de la loi Graham
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a lancé samedi un appel direct à ses partisans à travers le monde, les exhortant à faire pression sur l’administration américaine pour que soit rétablie l’application de la loi Lindsey Graham, vaste paquet de sanctions contre la Russie que Donald Trump a suspendu par décret la veille. Une décision que le dirigeant ukrainien a qualifiée de « regrettable », tout en évitant soigneusement de critiquer frontalement le président américain .
Dans une déclaration publiée sur les réseaux sociaux, Zelensky a estimé que Washington avait « malheureusement décidé d’ignorer complètement la loi Lindsey Graham », texte censé exercer « une pression véritablement efficace sur la Russie pour mettre fin à cette guerre » . « Cette loi aurait pu être d’une aide précieuse et elle le peut encore ! Mais elle doit être appliquée, et chaque voix qui la soutient compte », a-t-il insisté, appelant ses soutiens à s’exprimer en faveur du maintien de ces sanctions .
La décision de Donald Trump, signée vendredi soir, intervient seulement deux jours avant la date limite fixée par la loi elle-même pour sa mise en œuvre. Le président américain avait personnellement promulgué ce texte le mois précédent, avant d’invoquer « l’intérêt national » pour en suspendre l’application, sans fournir d’explications supplémentaires au Congrès .
La loi Lindsey Graham, du nom du sénateur républicain décédé en juillet, visait à accélérer le étranglement financier de la Russie en ciblant ses responsables, ses banques et la « flotte fantôme » de pétroliers qui permet à Moscou de contourner les sanctions occidentales. Elle conférait également à la Maison-Blanche le pouvoir d’imposer des droits de douane pouvant atteindre 100 % aux principaux importateurs d’énergie russe, notamment la Chine et l’Inde .
Cette décision s’inscrit dans une série de gestes américains interprétés à Kiev comme un rapprochement avec Moscou. La semaine précédente, Donald Trump avait annoncé un accord avec Vladimir Poutine prévoyant l’achat par les États-Unis de importantes quantités de diesel russe, une mesure critiquée par des élus des deux bords comme susceptible d’aider l’effort de guerre russe sans pour autant faire baisser les prix mondiaux du carburant .
Zelensky a par ailleurs révélé que Kiev n’avait pas été prévenue par ses partenaires occidentaux de plusieurs vagues de frappes russes, et que des restrictions soudaines avaient été imposées au service satellitaire Starshield, version militaire de Starlink utilisée par l’armée ukrainienne pour ses opérations de drones. Des évolutions qu’il a qualifiées de « dangereuses » pour la capacité de défense ukrainienne .
Le sénateur Richard Blumenthal, coauteur du texte, a vivement critiqué la décision présidentielle, accusant Donald Trump de tourner le dos « à la majorité des Américains, à leurs représentants dans les deux chambres du Congrès et à nos alliés européens ». « Ces dérogations n’ont rien à voir avec notre sécurité nationale, et tout à voir avec la flagornerie envers Vladimir Poutine », a-t-il déclaré .
Kiev mise sur l’Europe
Malgré la déception, Zelensky a maintenu un ton mesuré à l’égard de Washington, affirmant espérer « personnellement » que le président américain fera « tout son possible » pour contraindre Vladimir Poutine à cesser les hostilités . Le négociateur ukrainien Roustem Oumerov devait rencontrer vendredi Jared Kushner, gendre et émissaire de Donald Trump, tandis que des discussions se poursuivent pour organiser une rencontre trilatérale entre les trois dirigeants, potentiellement au Moyen-Orient, en Europe ou aux États-Unis .
En parallèle, le président ukrainien s’est tourné vers ses alliés européens, réunis à Bruxelles, pour solliciter une aide supplémentaire de 70 milliards d’euros afin de couvrir les besoins de la guerre pour l’année à venir, estimés à 155 milliards. Le président français Emmanuel Macron a assuré que les Européens « ne lâcheront pas » Kiev, tout en tempérant sur le chiffre avancé .
Sur le terrain, les forces russes ont poursuivi leur pression sur les infrastructures énergétiques ukrainiennes, ciblant plus de quinze sites à travers le pays dans ce que Kiev qualifie d’« attaque massive ». Les autorités ukrainiennes ont rapporté au moins quatre morts, dont un ambulancier, et des dizaines de blessés dans des frappes nocturnes .
Par Ousmane Diallo

