Sénégal : l’Assemblée nationale rejette le budget rectificatif 2026, l’accord de 2,2 milliards de dollars avec le FMI suspendu
L’Assemblée nationale sénégalaise a rejeté mardi 3 novembre le projet de loi de finances rectificative pour 2026, par 109 voix contre 20 et 3 abstentions sur 132 votants. Le groupe parlementaire Pastef, majoritaire, dénonce un manque de sincérité budgétaire. Ce troisième rejet, après deux échecs en commission, compromet directement le décaissement de 2,2 milliards de dollars attendu du Fonds monétaire international (FMI).
Les débats ont été écourtés après le dépôt d’une « question préalable » par le député Amadou Ba, membre du Pastef, une procédure parlementaire permettant de passer directement au vote sans examen du texte sur le fond . Le président du groupe Pastef, Ayib Daffé, a justifié cette décision en invoquant un « non-respect du principe de sincérité budgétaire ». Selon lui, les prévisions de dépenses d’investissement ne sont pas réalistes au regard du faible taux d’exécution, et le déficit réel devrait se situer entre 5 et 6 % du PIB, contre les 7,6 % annoncés par le gouvernement .
Le ministre de l’Économie et des Finances, Cheikh Diba, a vivement contesté ces arguments, affirmant que les députés n’avaient « que le prétexte de la sincérité budgétaire pour remettre en cause un projet aussi important » . Il a toutefois reconnu que les recettes issues des nouvelles taxes atteignaient seulement 173,3 milliards de francs CFA à fin septembre, contre 762 milliards initialement prévus .
Un accord vital pour les finances publiques
Ce rejet intervient dans un contexte économique critique. Le Sénégal, dont la dette publique atteint environ 130 % du PIB, négocie depuis plus de deux ans un programme de soutien avec le FMI, suspendu après la découverte d’une dette non déclarée d’environ 7 milliards de dollars contractée sous l’administration précédente . L’accord conclu en septembre prévoit 2,2 milliards de dollars sur 36 mois, mais son approbation par le conseil d’administration du FMI reste conditionnée à l’adoption de mesures budgétaires, dont ce budget rectificatif .
Sans ce financement, Dakar s’expose à un risque de défaut de paiement et à une crise de crédibilité auprès de ses bailleurs internationaux. Le budget révisé visait notamment à absorber la flambée des subventions énergétiques, passées de 250 à plus de 790 milliards de francs CFA en raison de la hausse des cours du pétrole, et à réduire les dépenses d’investissement de 555 milliards de francs CFA .
Un bras de fer politique
Ce blocage révèle surtout les profondes fractures au sommet de l’État sénégalais. L’alliance victorieuse de 2024 entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko a volé en éclats après la fin des fonctions de ce dernier comme Premier ministre en mai 2026. Depuis, le Pastef, désormais présidé par Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale, mène une opposition frontale contre le gouvernement .
Face à cette impasse, plusieurs analystes évoquent la possibilité d’une dissolution de l’Assemblée nationale dès le 2 décembre, afin de provoquer des élections législatives anticipées et de tenter de dégager une nouvelle majorité . Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô avait pourtant tenté de rassurer les parlementaires, qualifiant le texte de simples « mesures rationnelles de gestion en bon père de famille » . Le rejet de mardi laisse toutefois le pays sans budget rectificatif à l’approche d’échéances financières cruciales, alors que 1 956 milliards de francs CFA d’arriérés de paiement restent à traiter, dont près de la moitié pour des dossiers irréguliers ou incomplets .
Par Cherif Keita

