Israël : Netanyahou dénonce une « ingérence étrangère » sans preuves et réclame une enquête
Le Premier ministre israélien sortant affirme que des pays étrangers auraient injecté « des sommes colossales » pour influencer les législatives du 27 octobre. La commission électorale a déjà écarté toute irrégularité, et l’opposition dénonce une manœuvre pour se maintenir au pouvoir.
Dans une allocution vidéo solennelle, Benyamin Netanyahou a lancé mercredi une accusation lourde : « De graves soupçons pèsent sur une possible intervention de pays étrangers, avec des sommes d’argent considérables, pour influencer les résultats des élections en Israël ». Il n’a toutefois cité aucun pays ni fourni le moindre élément de preuve à l’appui de ses dires.
L’accusation intervient quelques heures après que la commission électorale centrale a annoncé avoir procédé à des « vérifications poussées » qui n’ont révélé « aucune irrégularité » ni « preuve indiquant que l’intégrité des élections a été compromise ou que les résultats ont été altérés ». Son président, le juge Noam Sohlberg, a lui-même dénoncé « le danger réel » que représentent ceux qui cherchent à mettre en doute les résultats du scrutin.
Netanyahou a néanmoins affirmé que le juge Sohlberg avait ordonné au Shin Bet, le service de sécurité intérieure, d’enquêter sur ces soupçons, et réclamé que « tous les obstacles à cette enquête soient levés ». « Nous devons aller jusqu’à la vérité complète, sans dissimulation et sans délai », a-t-il insisté.
Ces accusations surviennent alors que le Premier ministre sortant est en mauvaise posture. Les législatives du 27 octobre n’ont dégagé aucune majorité claire : le camp Netanyahou a obtenu 53 sièges, contre 48 pour le bloc d’opposition mené par le centriste Gadi Eisenkot. Surtout, les partis arabes ont réalisé une percée historique, s’imposant comme faiseurs de rois dans les négociations de coalition.
Le camp Netanyahou cible particulièrement les partis arabes, accusés d’avoir « acheté des voix avec de l’argent du Qatar ». Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a même appelé le Shin Bet à « arrêter tous les dirigeants des partis politiques arabes ». Aucune preuve n’a été présentée, et le Qatar comme les intéressés ont formellement rejeté ces allégations.
Pour l’opposition, ces accusations ne visent qu’un objectif : délégitimer un scrutin défavorable et permettre à Netanyahou de se maintenir au pouvoir. Le chef de l’opposition, Gadi Eisenkot, a accusé le Premier ministre sortant de mener « une opération d’influence illégitime pour saper les résultats ». Le parti arabe Liste unifiée a dénoncé de son côté « une persécution politique ».
Ce n’est pas la première fois que le camp Netanyahou conteste une élection. Mais c’est la première fois que le Premier ministre en exercice porte lui-même ces accusations, en son nom et depuis son bureau officiel. Une escalade qui, selon plusieurs observateurs, risque de compliquer encore un peu plus les consultations déjà laborieuses engagées par le président Isaac Herzog pour désigner le prochain chef du gouvernement.
Par Georges Domo

