Nigéria : la justice invalide la candidature d’Atiku Abubakar à la présidentielle de 2027

La Haute Cour fédérale d’Abuja a annulé jeudi la désignation de l’ancien vice-président Atiku Abubakar comme candidat du Congrès démocratique africain (ADC), au lendemain du lancement de sa campagne. Le parti dénonce une manœuvre du pouvoir en place.

La décision est tombée au moment le plus critique. À peine vingt-quatre heures après un meeting de campagne à Sokoto, dans le nord-ouest du Nigeria, Atiku Abubakar a vu sa candidature à l’élection présidentielle de janvier 2027 invalidée par la justice nigériane. La Haute Cour fédérale d’Abuja, par la voix du juge Peter Odo Lifu, a estimé que la direction du parti ADC, conduite par l’ancien président du Sénat David Mark, avait accédé au pouvoir de manière « illégale et irrégulière » .

Toutes les décisions prises sous cette direction ont été déclarées nulles, y compris l’organisation des primaires ayant désigné Atiku Abubakar comme candidat et la nomination de l’ensemble des postulants du parti pour les élections de 2027 . La justice a également ordonné à la Commission électorale nationale indépendante (Inec) de ne pas reconnaître les décisions issues de cette direction contestée .

Une querelle intestine à l’origine du verdict

La procédure trouve son origine dans une plainte déposée par Nafiu Bala Gombe, vice-président national adjoint de l’ADC. Ce dernier contestait la légitimité de la direction intérimaire mise en place après la démission de l’ancien président du parti, Ralph Nwosu. Selon lui, la constitution du parti lui conférait le droit d’assurer la transition, et non à David Mark et ses alliés .

Le juge Lifu a donné raison au plaignant, estimant que le comité dirigé par David Mark n’avait aucune autorité légale pour conduire les affaires du parti. « Le moment de ce jugement ne doit rien au hasard », a réagi Atiku Abubakar dans un communiqué, dénonçant une « tentative désespérée de paralyser l’opposition » .

L’ADC dénonce une instrumentalisation de la justice

Le parti d’opposition n’a pas tardé à rejeter la décision. Son porte-parole, Bolaji Abdullahi, a accusé le Congrès des progressistes (APC), la formation du président Bola Tinubu, d’être à l’origine de ce qu’il qualifie d’« assaut judiciaire » contre l’opposition. « L’APC veut mettre le Nigeria à feu et à sang », a-t-il déclaré, annonçant un appel devant la Cour d’appel et une saisine du Conseil national judiciaire .

De son côté, la présidence nigériane a nié toute implication. « L’APC n’est absolument pas impliqué dans cette décision de justice », a affirmé Daniel Bwala, porte-parole de la présidence, rejetant les accusations de l’ADC .

Un scrutin privé de son principal opposant du Nord ?

Si elle devait être confirmée en appel, cette décision priverait la présidentielle de janvier 2027 de l’une de ses figures majeures. Atiku Abubakar, 80 ans, en était à sa septième candidature. Il avait choisi comme colistier l’ancien gouverneur de l’État de Rivers, Rotimi Amaechi, et bénéficiait d’une assise importante dans le Nord majoritairement musulman .

Son exclusion éventuelle pourrait bouleverser les équilibres régionaux dans un pays où l’alternance entre un président du Nord et un président du Sud constitue un principe politique informel mais structurant. Elle risque également d’alimenter les tensions autour de la crédibilité du processus électoral, alors que les observateurs internationaux avaient déjà critiqué, lors du scrutin de 2023, le nombre excessif de contentieux préélectoraux .

L’ADC a d’ores et déjà annoncé qu’il contesterait la décision « par tous les moyens judiciaires disponibles ». En attendant l’examen de l’appel, la campagne d’Atiku Abubakar se poursuit dans les faits, mais son avenir politique immédiat demeure suspendu à la décision des juges.

Par  Jérôme Wailifu 

Commentaires Facebook