Tchad : Le Pr NYABEYEU TCHOUKEU Léopold enflamme le 5ᵉ Colloque de l’ENA : « La sécurité doit être au service de l’humain, pas l’inverse ! »
Il aura suffi d’une communication pour électriser l’amphithéâtre. Au cœur du 5ᵉ Colloque international de l’École nationale d’administration (ENA) de N’Djamena, le Professeur NYABEYEU TCHOUKEU Léopold a captivé son auditoire avec une intervention aussi limpide que provocante sur les doctrines de sécurité et le développement endogène des États d’Afrique subsaharienne. Un moment fort qui restera gravé dans les annales de ce rendez-vous scientifique. La communication du Pr NYABEYEU TCHOUKEU Léopold a d’ailleurs suscité de nombreuses questions au sein de l’auditoire. On retiendra celle du Pr ABDOULAYE SOMA. Ce publiciste qualifié a demandé au Maître de Maroua sa position par rapport aux différents gouvernements non civils qui se sont constitués dans certains États africains pour lutter contre le terrorisme et qui déclarent qu’ils ne remettront le pouvoir aux civils qu’après avoir vaincu le terrorisme. La réponse du Pr NYABEYEU TCHOUKEU Léopold, donnée en deux temps, est d’une subtilité à nulle autre pareille. Premier temps, le principe : aucun droit ne peut naître d’un acte contraire au droit. Second temps, l’exception : en cas de tension prolongée entre le fait et le droit, la situation se dénoue au profit de l’effectivité. Une réponse qui illustre parfaitement la rigueur du juriste, sans jamais trahir la complexité du réel.
Un orateur qui maîtrise son sujet
Produit de l’École Doctorale 460 (Sciences Juridiques) de l’Université de Grenoble 2, le Pr NYABEYEU TCHOUKEU est Professeur titulaire des Universités et Vice-doyen chargé de la scolarité à l’Université de Maroua. Spécialiste reconnu du Droit international public et des questions de sécurité internationale, il en est à son 5ᵉ colloque de l’ENA, une fidélité qui dit long sur son attachement à ce forum de haut niveau. Mais ce qui force surtout le respect, c’est son bilan de formateur : au total, il a à son actif encadré 57 docteurs de différentes nationalités, dont 8 Tchadiens, ainsi qu’une cinquantaine de titulaires de Master. Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes et qui font de lui un bâtisseur de la relève académique africaine.
Une démonstration qui bouscule les idées reçues
Dès les premières minutes, le ton est donné. Le Pr NYABEYEU TCHOUKEU ne vient pas pour caresser les consensus. Sa thèse ? Les doctrines de sécurité qui dominent la pensée stratégique africaine sont, pour beaucoup d’entre elles, des pièges qui étouffent le développement endogène du continent.
Première cible : la doctrine de la sécurité nationale. Séculaire, oui. Mais « déficitaire », tranche l’universitaire. Pourquoi ? Parce qu’elle enferme chaque État dans une logique de puissance et de confrontation. « Chaque État privilégie sa propre sécurité au détriment de la sécurité collective », lance-t-il. Et de fustiger une « illusion sécuritaire » : « La sécurité d’un État n’est assurée que le temps que cet État dispose d’un arsenal militaire plus puissant que ceux de ses voisins. » Une vérité qui résonne douloureusement dans une région où la course aux armements épuise des budgets déjà fragiles.
Deuxième cible : la doctrine de la sécurité internationale. La coopération ? Un pilier insuffisant, assène-t-il. L’ONU ? « En retard d’une situation », incapable de répondre aux crises qui secouent la planète. Et ce constat cinglant : aucun État d’Afrique subsaharienne ne siège comme membre permanent au Conseil de Sécurité. De quoi faire réfléchir.
Quand l’Afrique puise dans ses racines
Mais le Pr NYABEYEU TCHOUKEU n’est pas un pessimiste. Bien au contraire. Après le diagnostic sans concession vient le remède, et il est africain.
La doctrine de la sécurité commune ? Elle plonge ses racines dans les Chartes du Mandè de 1222 et 1236, ces textes ancestraux qui, déjà, organisaient la survie collective. « L’Afrique n’a pas attendu l’ONU pour penser la sécurité », semble-t-il rappeler avec fierté. Face aux nouvelles menaces terrorisme, prolifération des armements, grand banditisme, blanchiment d’argent, trafic de drogue, pressions migratoires, le modèle africain de sécurité commune ouvre la voie à une sécurité humaine véritable.
Et justement, la doctrine de la sécurité humaine, popularisée par le PNUD en 1994, est son cheval de bataille. « La sécurité doit aller bien au-delà de la défense armée des territoires », martèle-t-il. Concilier souveraineté de l’État et souveraineté de l’individu : voilà le défi. Et l’Afrique subsaharienne, « réceptacle de nombreuses valeurs humaines », a un rôle fondamental à jouer.
L’appel qui a fait vibrer l’auditoire
Le moment le plus fort de son intervention ? Sans doute cet appel vibrant à une culture de la paix à trois dimensions : convivialité et partage fondés sur la liberté, la justice, la démocratie, la tolérance et la solidarité ; rejet de la violence et primauté du dialogue ; plein exercice des droits et participation de tous au développement endogène.
« Il faut passer d’une culture de réaction à une culture de prévention des conflits », s’écrie-t-il. Et cette phrase, lourde de sens : « La recherche de la paix repose fortement sur des critères non exhaustifs à savoir le développement, l’équilibre économique et le respect des droits de l’homme. »
Puis, dans un élan de sincérité qui a visiblement touché l’assemblée : « Les États d’Afrique subsaharienne doivent pourvoir au développement de leur population. Ils doivent réguler l’équilibre entre les différentes classes afin d’éviter que les plus faibles ne soient dans une condition tellement précaire que cela pourrait les entraîner vers de mauvaises directions. »
Un succès qui dépasse le cadre académique
À l’issue de cette communication, les questions ont été nombreuses et variées, témoignant de l’intérêt profond suscité par le sujet. Parmi elles, celle du Professeur ABDOULAYE SOMA, publiciste qualifié, est revenue avec insistance dans les échanges.
À la sortie de la salle, les commentaires fusent. « C’est du grand art », souffle un participant. « Il a su mettre des mots clairs sur des maux complexes », renchérit un autre. Tous saluent la capacité du Pr NYABEYEU TCHOUKEU à transformer des concepts abstraits en messages porteurs d’espoir.
Car c’est bien là sa force : allier la rigueur du chercheur à la passion du pédagogue. Son passage à ce 5ᵉ colloque de l’ENA n’est pas anodin. Il s’inscrit dans une trajectoire d’engagement au service du continent, où la formation des jeunes esprits 57 docteurs de différentes nationalités, dont 8 Tchadiens, et une cinquantaine de masters compte autant que la production scientifique.
Le défi est désormais lancé aux États d’Afrique subsaharienne : oser tourner le dos aux doctrines qui les affaiblissent, embrasser celles qui les fortifient. Le message du Pr NYABEYEU TCHOUKEU est limpide : la sécurité n’est pas une fin en soi. Elle est un moyen au service de l’humain. Et tant que l’homme ne sera pas remis au centre du jeu, aucun développement véritablement endogène ne verra le jour.
Une chose est sûre : après une telle intervention, le débat est ouvert. Et le Pr NYABEYEU TCHOUKEU Léopold n’a pas fini de faire parler de lui.
Par Kenzo Brown

