Paraguay : effondrement d’Ueno Bank, le président Santiago Peña démissionne
Ueno Bank, la plus grande banque numérique du Paraguay avec près de 3 millions de clients, s’est effondrée. Les comptes sont gelés, des manifestations ont éclaté à Asunción, environ 800 millions de dollars de fonds publics ont été bloqués et 8 dirigeants de la banque font l’objet de mandats d’arrêt. Le président Santiago Peña, ancien actionnaire de la banque, a annoncé sa démission jeudi.
Le Paraguay traverse l’une des crises financières et politiques les plus graves de son histoire récente. Le 2 novembre, la Banque centrale du Paraguay (BCP) a annoncé l’intervention d’Ueno Bank, constatant que son ratio de solvabilité était tombé en dessous de 50 % du minimum légal . Cette décision a immédiatement paralysé les opérations de cette banque numérique, laissant près de 3 millions de clients – soit près de la moitié de la population paraguayenne – sans accès à leurs fonds .
Dès les premières heures du 3 novembre, les utilisateurs ont découvert que l’application mobile, les cartes bancaires et les transferts étaient suspendus . À Asunción, des files d’attente se sont formées devant les agences, et des centaines de clients ont tenté d’occuper le siège central de la banque ainsi que ses 75 succursales à travers le pays . Les forces de l’ordre ont été déployées pour contenir les rassemblements, et des affrontements ont éclaté, la police utilisant des gaz lacrymogènes et des canons à eau .
Fonds publics et retraités touchés
L’effondrement d’Ueno Bank ne concerne pas seulement les particuliers. La banque détenait environ 800 millions de dollars de fonds publics, notamment ceux de l’Institut de prévoyance sociale (IPS), qui gère les pensions de quelque 32 000 retraités . Selon les autorités, les dépôts garantis seront remboursés dans la limite de 75 salaires minimums par déposant, soit environ 38 000 dollars . Les premiers paiements devaient débuter ce vendredi 6 novembre, mais uniquement pour les clients disposant de moins de 10 millions de guaranis et n’ayant pas de dettes envers la banque .
Le secteur des services publics a également été affecté : les pompiers volontaires du Paraguay ont annoncé que près de 2 milliards de guaranis de fonds opérationnels étaient bloqués, les obligeant à réduire le nombre de véhicules d’urgence en service .
Mandats d’arrêt et crise politique
Parallèlement à la crise financière, le parquet a ordonné l’arrestation de huit dirigeants d’Ueno Bank, dont le PDG Miguel Vázquez, pour abus de confiance et infractions financières . Plusieurs d’entre eux se sont rendus à la police dans les jours qui ont suivi .
La crise a rapidement atteint le sommet de l’État. Le président Santiago Peña, au pouvoir depuis août 2023, avait été actionnaire du groupe contrôlant Ueno Bank avant de céder ses parts en mars 2025 . L’opposition l’accuse de conflit d’intérêts et de décisions réglementaires favorables à la banque, notamment en y concentrant des fonds de pension publics . Face à la pression et à une procédure de destitution engagée au Parlement, Santiago Peña a annoncé sa démission jeudi 5 novembre, affirmant agir « pour la stabilité du pays, la paix sociale et la préservation des institutions démocratiques » . Le président de la Banque centrale, Carlos Carvallo, avait démissionné quelques jours plus tôt .
La démission de Santiago Peña doit encore être examinée par le Congrès, où le Parti Colorado au pouvoir a fait défaut de quorum lors de la session conjointe de jeudi, laissant planer une incertitude sur la suite institutionnelle .
La Banque centrale assure que la défaillance d’Ueno Bank est un cas isolé et ne reflète pas la santé de l’ensemble du système financier paraguayen . Mais pour des millions de Paraguayens privés d’accès à leurs économies, l’urgence reste au quotidien : payer le loyer, acheter de la nourriture, ou simplement récupérer une part de leurs fonds gelés.
Par Jérôme Wailifu

