Guinée : Labé : Un jeune disciple coranique vise l’imam avec un couteau en pleine prière de vendredi à la mosquée de Yeradè
La mosquée de Yeradè, dans le quartier Tata 2 au centre-ville de Labé, a frôlé le drame ce vendredi. Un disciple coranique, apparemment en proie à des troubles psychologiques, a pénétré dans l’édifice en pleine prière hebdomadaire et a dirigé un couteau neuf vers l’imam. Il a été maîtrisé de justesse par des fidèles.
Les faits se sont produits vers 13h40-13h45, alors que la prière de vendredi touchait à sa fin. Selon les témoignages, le jeune homme, connu dans le quartier, est entré par le côté Est de la mosquée, a traversé les rangs des fidèles et s’est précipité vers l’entrée réservée aux imams, une arme à la main.
« Il a visé l’imam avec un couteau pointu »
« Il a visé l’imam avec un couteau pointu. Heureusement, l’un des muezzins a interrompu sa prière pour se lancer à sa poursuite et l’attraper », rapporte Mamadou Mouctar Diallo, adjoint du chef de quartier de Tata 2, qui a coordonné la gestion de l’incident avec les sages et notables de la mosquée.
Un autre disciple coranique, qui priait au deuxième rang, est venu prêter main-forte au muezzin pour neutraliser le jeune homme. D’après les témoins, l’imam est resté serein et la prière a pu s’achever sans perturbation notable à l’intérieur.
« À part ceux qui étaient devant, les fidèles n’ont rien remarqué. C’est en le sortant de la mosquée, encadré par un groupe, que les gens ont compris », poursuit M. Diallo, précisant que certains ont d’abord cru à un évanouissement. « Depuis l’extérieur, nous ignorions s’il visait l’imam ou quelqu’un d’autre, mais ce qui est indéniable, c’est qu’il avait un couteau », ajoute un fidèle témoin.
Un jeune homme en souffrance psychologique
Le dénouement aurait pu être bien plus tragique. Les habitants du secteur et plusieurs talibés confient que le jeune homme n’est pas sain d’esprit et qu’il ne parle presque plus ces derniers temps, traversant une période de mutisme.
Le colonel à la retraite Boubacar Bah, président du conseil de quartier, absent de la mosquée ce jour-là pour raisons de santé, rappelle que le garçon vit dans un foyer coranique jouxtant la mosquée. « Il faut rendre grâce à Dieu, il n’y a eu aucun mal. Le garçon est venu en plein vendredi alors que la mosquée était pleine ; il aurait pu s’en prendre à quelqu’un dans la cour avant qu’on ne comprenne quoi que ce soit », déclare-t-il.
Un fidèle témoin rapporte que le jeune homme s’était déjà présenté la veille, le jeudi, à trois reprises aux heures de prière – à 13h, 16h et 19h – exprimant chaque fois le désir de diriger l’office, mais sans arme. Une délégation s’était même rendue à l’école coranique à 20h pour en discuter avec les responsables.
Les forces de l’ordre constatent son état et se retirent
L’incident a suscité une vive émotion dans le quartier. Certains fidèles ont voulu se faire justice, mais « la voix des sages a prévalu et tout le monde s’est calmé », selon l’adjoint du chef de quartier.
Les agents de l’escadron mobile numéro 8, appelés sur place, se sont rendus au foyer coranique où la population s’était rassemblée. Après avoir pris connaissance de la situation et constaté l’état psychologique du jeune homme, les gendarmes ont regagné leur unité, laissant la gestion locale au quartier.
« Le commandant des gendarmes a examiné le jeune et a immédiatement vu que quelque chose n’allait pas », précise M. Diallo.
Un pardon prononcé et un engagement de soins
Une réunion des sages s’est tenue en l’absence du maître coranique de l’enfant, actuellement à Conakry. Un pardon a été prononcé, et les responsables de l’école coranique présents se sont engagés à envoyer l’adolescent à Conakry pour y recevoir des soins. Dans l’attente de son transfert, les responsables du foyer l’ont enchaîné afin de prévenir tout nouvel incident.
« Nous attendons de voir la suite », conclut Mamadou Mouctar Diallo, rappelant que l’école coranique avait déjà promis, quelques jours plus tôt, de mieux surveiller le jeune homme après un premier incident.
Cette affaire soulève la question de la prise en charge des personnes atteintes de troubles mentaux en Guinée, en particulier au sein des structures coraniques qui accueillent de nombreux jeunes disciples.
Par Cherif Keita

