Algérie : une centrale gazière de 1,4 milliard de dollars à Tébessa pour sécuriser l’électricité

 

Le gouvernement algérien a lancé la construction d’une centrale électrique à cycle combiné à Tébessa, dans l’est du pays. Avec un investissement de 1,4 milliard de dollars, cette infrastructure, confiée au consortium chinois CNEEC et à Sonelgaz, illustre la priorité donnée à la sécurité énergétique immédiate, malgré les engagements en faveur des énergies renouvelables.

Le mégaprojet de Tébessa, officiellement entré dans sa phase de réalisation, a été dévoilé par les autorités algériennes. D’une capacité de 1 406 MW, la centrale s’étendra sur 40 hectares et doit être opérationnelle dans 48 mois. Elle deviendra l’une des plus puissantes du parc algérien, qui totalise aujourd’hui environ 27 000 GW, dont plus de 95 % proviennent du gaz naturel.

Le recours au cycle combiné (association d’une turbine à gaz et d’une turbine à vapeur) constitue une avancée technique notable. Selon les ingénieurs du projet, cette配置 permet d’améliorer le rendement énergétique et de réduire la consommation de combustible d’environ 30 % par rapport à une centrale classique. Une optimisation salutaire, mais qui ne change rien à la dépendance structurelle du pays aux énergies fossiles.

Un arbitrage stratégique assumé

Dans un contexte de hausse rapide de la demande intérieure en électricité, Alger fait le choix d’une solution éprouvée et rapide à déployer. Les ambitions renouvelables, pourtant régulièrement affichées (notamment le développement de plus de 3 000 MW de capacités vertes), peinent à se concrétiser. Le projet de Tébessa, par son ampleur, envoie un signal clair : la sécurité immédiate de l’approvisionnement prime sur la transition.

Sur le plan régional, la centrale pourrait dépasser les frontières algériennes. Située à proximité de la Tunisie, elle est destinée à renforcer l’offre intérieure tout en ouvrant des perspectives d’exportation vers le voisin oriental, dont le réseau électrique est régulièrement sous tension. Une dynamique qui consoliderait le rôle de fournisseur énergétique régional de l’Algérie, mais accentuerait également la dépendance de ses voisins à son gaz.

Des interrogations environnementales et locales

Reste l’épineuse question climatique. Le cycle combiné, bien que plus propre qu’une installation classique, émet toujours d’importantes quantités de CO₂. À l’heure où les normes environnementales se durcissent, notamment sur le marché européen, ce choix technologique interroge la cohérence de la stratégie énergétique algérienne à long terme.

Au niveau local, à Tébessa, les réactions sont mitigées. Si la promesse de création d’emplois et de retombées économiques suscite des espoirs, une partie des acteurs exprime des regrets. « Dans une région aussi ensoleillée, un déploiement massif du solaire aurait pu constituer une alternative plus durable et plus en phase avec les objectifs climatiques mondiaux », confie un observateur local.

L’équation énergétique algérienne reste entière : concilier la croissance de la demande, la préservation des ressources gazières (source de revenus d’exportation), et une ambitieuse – mais encore largement théorique – transition verte. En attendant, Tébessa sera le symbole d’une priorité assumée : la puissance immédiate.

Par Issa Abdou 

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