Burkina Faso : Décès de Moving Turbo, pionnier et « bibliothèque vivante » du rap au Faso
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La scène culturelle burkinabè est en deuil. L’artiste rappeur N’day Adama, mondialement connu sous le nom de scène Moving Turbo, s’est éteint ce mardi 3 mars 2026. Considéré comme l’un des véritables pionniers du mouvement hip-hop au Burkina Faso, il laisse derrière lui un héritage musical immense et le souvenir d’un homme qui a propulsé le rap dans le « Pays des hommes intègres » dès la fin des années 80 .
Le moteur du rap burkinabè s’arrête
C’est une triste nouvelle qui a secoué le monde du show-biz burkinabè en ce début de mois de mars. N’day Adama, alias Moving Turbo, n’est plus. Si son nom de scène évoquait la puissance et la vitesse, c’est parce que l’homme a été l’un des principaux moteurs de l’éclosion du rap au Burkina Faso. Il a été l’un des artisans qui a mis le hip-hop sur les rails dès la fin des années 1980 .
Moving Turbo ne se contentait pas de faire de la musique : il appartenait à cette génération fondatrice, la « génération rapologique » dorée qui a posé les bases du genre. Il a œuvré aux côtés de formations mythiques comme O.C.B (Ouagadougou City Breakers) et l’artiste Smockey. Membre influent du groupe Attenta, qu’il formait avec son acolyte Serge, il a marqué toute une époque au même titre que des figures aussi prestigieuses que Smarty, Basic Soul ou le collectif OBC .
« C’est comme ça que ça devrait se passer » : un slogan devenu éternel
Au-delà de sa technique et de son flow, Moving Turbo possédait une signature vocale unique qui a traversé les générations. Son célèbre cri de guerre et slogan emblématique, « c’est comme ça que ça devrait se passer » , était devenu une expression culte, bien au-delà du seul cercle des amateurs de rap. Il ponctuait ses morceaux et ses prestations scéniques d’une phrase qui résonnait comme un manifeste, une affirmation de soi et de sa vision du monde .
Aujourd’hui, ce sont ses proches, ses admirateurs et toute une nation qui reprennent ces mots avec une profonde amertume, constatant que le destin, tragiquement, en a décidé autrement.
Un pilier, une « bibliothèque vivante » s’en va
La disparition de N’day Adama est ressentie comme une perte inestimable. Les hommages décrivent en lui « l’une des bibliothèques vivantes de la musique burkinabè » . Son parcours, débuté à une époque où le rap n’en était qu’à ses balbutiements en Afrique de l’Ouest, a ouvert la voie à des générations d’artistes.
Son décès laisse un vide immense dans le paysage culturel. Ce n’était pas qu’un simple artiste, mais un véritable pilier, un passeur de flamme qui a participé à écrire les premières pages de l’histoire du hip-hop burkinabè.
Ultime hommage à Kamboinsin
Pour ceux qui souhaitent accompagner Moving Turbo pour son dernier voyage, les obsèques se dérouleront dès le lendemain de l’annonce de sa disparition. L’enterrement est prévu pour la matinée du mercredi 4 mars 2026 au cimetière de Kamboinsin, sur la route de Pabre, à la sortie de Ouagadougou .
Une union de prières est désormais dédiée à celui qui restera à jamais comme l’une des étincelles ayant allumé la flamme du rap au Burkina Faso. Le mouvement hip-hop africain perd l’un de ses pères, mais sa voix et son célèbre slogan continueront de résonner.
Par Francis Kaboré

