Cameroun : Biochimie ou micro ? la double vie d’oking josué, le reporter qui fait trembler les stades
Il y a ceux qui regardent les matchs. Et il y a ceux qui les racontent. Oking Josué, 24 ans, appartient à la seconde catégorie. Mais attention : ce jeune homme venu de Doukoula n’a ni carte de presse, ni chaîne de télé, ni école de journalisme. Juste un téléphone, une voix qui porte, et un rêve gros comme le continent : intégrer Canal+ Sport. Rencontre avec un phénomène du reportage 2.0, qui transforme Facebook en tremplin vers la gloire.
De la blouse blanche à la fièvre du direct
Son histoire ressemble à une belle contradiction. Né le 19 janvier 2002 à Doukoula, dans le département du Mayo-Danay, Oking Josué est le fils de Marie-Claire Konso et de Justin Bello. Des parents modestes mais visionnaires, qui ont toujours cru en l’éducation comme levier d’émancipation. Très tôt, ils inculquent à leur fils les valeurs du travail, de la persévérance et de l’humilité.
Élève brillant, il se distingue à l’École privée catholique puis au Lycée de Doukoula, où il décroche son Baccalauréat série D en 2019. Direction l’Université de Maroua, où il obtient une Licence en biochimie en 2022. Un parcours linéaire, presque écrit d’avance : laboratoire, éprouvettes, recherches scientifiques. Le destin classique d’un fils du Nord.
Mais dans l’ombre des amphis, une flamme couvait.
L’héritage des grandes voix
Depuis tout petit, Oking est fasciné par les grands noms du journalisme sportif camerounais. Madeleine Soppi Kotto, Marie Chantal Noa, Lilian Gatounes, Habib Beye… Ces voix légendaires qui font vibrer les transistors et les télés, il les écoute en boucle, les analyse, les admire. Ses parents, Marie-Claire et Justin, témoignent de cette passion précoce : « Il passait des heures à écouter les commentaires, à imiter les journalistes. On voyait bien que ça le faisait vibrer. »
Au lycée, il intègre le club journal. Une révélation. Lui qui pensait soigner les corps se découvre une autre mission : soigner les âmes par la parole.
« Je n’ai pas de formation, mais j’ai le feu »
Interrogez-le sur son parcours, il vous répondra avec une sincérité déconcertante :
« Non, je n’ai pas fait de formation. Je crée juste des contenus sur Facebook pour l’instant. Aucune chaîne de télé. Je poste juste mes vidéos. »
Pourtant, ce « juste » cache une activité frénétique. Depuis des mois, Oking Josué écume les stades du Grand Nord et les terrains de Douala. Des centaines de reportages, des dizaines de matchs, des championnats entiers couverts avec les moyens du bord. Pas de plateau, pas de régie. Lui, son téléphone, son micro et une énergie contagieuse.
Et ça marche. Ses vidéos captent l’instant, l’émotion brute, la sueur des joueurs, les cris des supporters. Son regard est frais, décomplexé, proche du peuple. Il ne commente pas depuis une tour d’ivoire : il est sur le terrain, au milieu des acteurs, au cœur de l’action. Une approche qui séduit, qui fédère, qui construit, jour après jour, une communauté de plus en plus large.
Ses parents, bien que d’abord inquiets de le voir délaisser la voie scientifique, sont aujourd’hui ses plus fervents supporters. Marie-Claire Konso confie : « Au début, je voulais qu’il continue dans la biochimie. Mais quand j’ai vu l’éclat dans ses yeux en racontant ses reportages, j’ai compris. C’est là qu’est son bonheur. » Justin Bello, lui, ajoute avec fierté : « Mon fils est un battant. Il a choisi sa voie et il y va jusqu’au bout. Je suis fier de lui. »
Une mission plus grande que le sport
Mais Oking Josué ne veut pas seulement faire vibrer les amateurs de ballon rond. Il a une vision, presque un sacerdoce :
« Bâtir une forte communauté pour guérir les maux par ma voix. Informer, éduquer, sensibiliser et impacter des millions de personnes à travers le monde. »
Le sport est son prétexte, mais son véritable combat est social. À travers ses reportages, il donne la parole aux sans-voix, il met en lumière les talents cachés des quartiers populaires, il raconte le Cameroun profond, celui qui ne fait pas la Une des grands médias. Une manière de redonner sa place à la jeunesse, à la rue, à la fierté locale.
Canal+, le Graal au bout du terrain
Interrogez-le sur ses rêves, son regard s’illumine. Il n’en fait pas mystère : travailler un jour pour Canal+ comme journaliste sportif. La chaîne panafricaine, vitrine du football continental, temple de la parole sportive. Un Graal qu’il ne touche pas encore, mais qu’il construit chaque jour, vidéo après vidéo, match après match, abonné après abonné.
Ce jeune autodidacte incarne une nouvelle génération de journalistes africains, ceux qui n’attendent pas qu’on leur tende un micro, mais qui le fabriquent eux-mêmes. Des battants, des débrouillards, des passionnés qui transforment les réseaux sociaux en écoles et en vitrines.
Oking Josué n’a pas de carte de presse. Mais il a une carte à jouer. Et si l’audace, le talent et la détermination finissent toujours par payer, alors son nom résonnera bientôt bien au-delà des stades poussiéreux du Nord Cameroun.
Il n’est pas encore à Canal+. Mais Canal+ l’a peut-être déjà repéré. Et ses parents, Marie-Claire et Justin, ne doutent pas une seconde qu’un jour, il y sera.
Par Kenzo Brown

