Cameroun : l’AVC, une urgence sanitaire qui tue en silence

Longtemps considéré comme une pathologie des pays industrialisés, l’accident vasculaire cérébral (AVC) s’impose désormais comme l’un des plus grands fléaux de santé publique au Cameroun. Une récente série d’études alarmantes révèle une progression fulgurante des cas à l’échelle nationale, transformant cette maladie en véritable urgence sanitaire.

Selon l’étude Évolutif des Accidents Vasculaires Cérébraux hémorragiques à Yaoundé, le nombre de cas a plus que doublé en seulement trois ans à l’Hôpital Central de Yaoundé : de 706 cas en 2010, on est passé à 1.534 cas en 2013. Une autre étude, intitulée Morbi-mortalité des AVC au Cameroun et publiée en 2023 par le neurologue Yacouba N. Mapoure de l’Hôpital Général de Douala, révèle des chiffres encore plus inquiétants : la prévalence nationale est estimée à 7,3 % de la population, faisant du Cameroun l’un des pays les plus touchés en Afrique subsaharienne.

Les statistiques sont sans appel. Toutes les cinq minutes, une personne est victime d’un AVC au Cameroun. Et la suite est souvent tragique : 27 % des patients décèdent dans le mois qui suit l’attaque, et près de 32 % meurent dans les trois mois.

Parmi les causes majeures de cette explosion des cas, l’hypertension artérielle arrive en tête avec 71 % des cas, suivie du diabète (29 %) et de la dyslipidémie (9,3 %), une anomalie du taux de lipides dans le sang. Les hommes sont les plus exposés, représentant 60,7 % des cas recensés.

Cette situation alarmante soulève plusieurs défis. Les neurologues camerounais tirent la sonnette d’alarme et appellent à une prévention accrue, notamment par l’adoption d’un mode de vie plus sain : alimentation équilibrée, activité physique régulière, arrêt du tabac et dépistage précoce de l’hypertension.

Dans un contexte où le système de santé camerounais fait déjà face à de nombreux défis, la lutte contre les AVC nécessite une volonté politique forte, un meilleur accès aux soins spécialisés et surtout, une campagne nationale de sensibilisation à la hauteur de la gravité de la situation.

Par Ousmane Diallo 

Commentaires Facebook