Cameroun : Maroua : colère et barricades au parc MATGENIE, les employés en grève illimitée
L’atmosphère était tendue ce mardi matin devant le parc national du Matériel de Génie Civil (MATGENIE) à Maroua. Comme annoncé dans leur préavis déposé le 24 mars dernier, l’ensemble du personnel a entamé une grève générale et illimitée pour dénoncer des conditions de travail jugées « insoutenables » et des impayés qui s’accumulent depuis des années.
Dès les premières heures, les employés ont érigé des barricades à l’entrée principale du site, bloquant totalement l’accès aux véhicules et au matériel. L’activité de l’entreprise, spécialisée dans le génie civil, se trouve aujourd’hui complètement paralysée.
Des salaires impayés depuis près de quatre ans
Dans un document transmis à la presse, les délégués du personnel ont listé des griefs qui remontent à plusieurs décennies. La principale source de colère concerne les salaires : 40 mois échus, soit plus de trois années de rémunérations qui n’ont jamais été versées. « Nous travaillons sans être payés. Certains collègues ont quitté le service il y a longtemps sans jamais toucher leurs droits », confie un agent présent sous couvert d’anonymat.
Les employés dénoncent également une situation ubuesque concernant les allocations familiales. Alors que les retenues sont systématiquement opérées sur leurs salaires chaque mois, ces allocations n’ont plus été versées depuis plus de 20 ans.
Retraites impayées et cotisations syndicales détournées
Le préavis de grève évoque aussi le cas des agents admis à faire valoir leurs droits à la retraite, qui attendent toujours le paiement de leurs pensions. Une situation qui plonge d’anciens travailleurs, âgés et malades pour certains, dans une grande précarité.
À cela s’ajoute le non-versement des cotisations syndicales, un prélèvement mensuel dont les grévistes exigent la transparence et la restitution.
« Malgré nos multiples démarches, lettres de réclamation et rencontres avec les autorités, nous n’avons obtenu aucune réponse concrète. On nous promet, on nous ignore, puis on nous oublie. Aujourd’hui, nous n’avons plus rien à perdre », lance un délégué syndical, la voix empreinte de lassitude.
Un mouvement suivi et déterminé
Alors que la journée s’achève, aucun signe d’apaisement ne se profile. Les grévistes, déterminés, affirment vouloir maintenir la pression « jusqu’à satisfaction totale » de leurs revendications. Les barricades resteront en place, et le mot d’ordre est clair : activité zéro.
À Maroua, le personnel de MATGENIE appelle désormais la hiérarchie et les pouvoirs publics à sortir du silence. Faute de quoi, ce mouvement pourrait s’étendre et durer.
Par Georges Domo

