Côte d’Ivoire : La première raffinerie d’or nationale entrera en service en juin 2027 à Abidjan

C’est une date qui entre dans l’histoire économique du pays. D’ici juin 2027, la Côte d’Ivoire disposera enfin de sa première raffinerie d’or nationale. Un investissement de 5 milliards FCFA, une capacité de 100 tonnes par an, et une ambition claire : garder la valeur ajoutée de l’or ivoirien à l’intérieur des frontières.

L’annonce a été faite par le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly. La raffinerie, opérée par la Société Ivoirienne des Métaux Précieux (SIMEP), démarrera ses opérations au cours du premier semestre 2027 .

Les chiffres donnent le vertige. La Côte d’Ivoire produit actuellement environ 60 tonnes d’or par an . La raffinerie, une fois à pleine capacité, pourra traiter 100 tonnes annuelles. Une capacité taillée sur mesure pour accompagner la montée en puissance de la production nationale, que le gouvernement espère porter à 100 tonnes d’ici 2030 .

L’ambition ne s’arrête pas là. Abidjan vise rien de moins que la place de premier producteur africain d’or à l’horizon 2035 . Un objectif ambitieux, quand on sait que le Ghana, leader actuel, a produit 192,4 tonnes en 2025 . Mais l’écart se resserre, et la dynamique est clairement ivoirienne.

Le coût du projet ? 5 milliards de FCFA, selon les informations disponibles . Un investissement somme toute modeste au regard des retombées attendues pour l’économie nationale.

La SIMEP, qui opérera la raffinerie, est détenue à 70% par des intérêts ivoiriens . Une participation majoritaire qui garantit au pays un contrôle direct sur son or et sur la valeur qu’il génère.

Garder l’or, garder la valeur

L’enjeu dépasse largement la simple question industrielle. Il s’agit d’un changement de paradigme.

Jusqu’à présent, la Côte d’Ivoire exportait son or brut ou à peine transformé. La valeur ajoutée  celle qui enrichit les raffineries étrangères, les marchés internationaux, les intermédiaires  échappait au pays. Avec cette raffinerie, l’or sera transformé sur place, purifié sur place, et vendu comme produit fini.

Le gouvernement veut également structurer toute la chaîne, de la mine au marché. Un Centre national d’achat d’or sera mis en place pour collecter l’or issu de l’exploitation artisanale et à petite échelle, améliorer la traçabilité et lutter contre les circuits informels qui captent une part importante de la production . Selon l’organisation SWISSAID, entre 30 et 40 tonnes d’or échappent chaque année aux circuits officiels ivoiriens . Un manque à gagner considérable.

Pour la commercialisation à l’international, SIMEP s’appuiera sur StoneX Group, un géant américain des services financiers qui assurera l’accès aux marchés mondiaux . D’autres partenaires internationaux sont associés au projet : l’émirati AlphaStream pour la collecte, le britannique AVA pour la logistique et la sécurité, et le World Gold Council pour l’intégration dans l’écosystème international .

La Côte d’Ivoire n’est pas seule dans cette démarche. Partout en Afrique, les pays producteurs de minerais cherchent à retenir davantage de valeur sur leur territoire. Le message est simple : pourquoi exporter des matières premières pour racheter plus cher des produits finis ?

Pour Abidjan, la stratégie est limpide : produire plus, raffiner sur place, et contrôler la chaîne. Avec cette raffinerie, le pays franchit une étape décisive vers ce qu’il veut devenir : non plus seulement un pays producteur d’or, mais un acteur complet de la chaîne de valeur mondiale du métal précieux .

Par Ousmane Diallo

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