États-Unis : Trump brandit le spectre des émeutes françaises : « Ce qui se passe en France pourrait arriver à l’Amérique »
Le président américain Donald Trump a une nouvelle fois fait de la France son argument de campagne. Lors d’un meeting au Kansas, lundi 19 octobre 2026, il a averti que les scènes de pillages et d’émeutes observées outre-Atlantique pourraient se reproduire aux États-Unis si les démocrates remportent les élections de mi-mandat, prévues le 3 novembre.
« Si vous voulez voir ce qui est en jeu dans cette élection, regardez simplement ce qui se passe en France », a déclaré le président devant une foule acquise à sa cause, venue soutenir le sénateur républicain sortant Roger Marshall. Une course qui, fait rare, s’annonce beaucoup plus serrée que prévu dans cet État conservateur, où aucun démocrate n’a été élu au Sénat depuis 94 ans.
« Conquise, pillée et brûlée »
Donald Trump n’a pas ménagé ses mots pour décrire la situation française. Selon lui, la France, « autrefois grande nation », aurait été « conquise, pillée et brûlée jusqu’au sol par des migrants, des djihadistes et des communistes ». « Quand vous voyez des clochers en feu et des incendies ravageurs en France, souvenez-vous que c’est ce que les radicaux Démocrates veulent faire à l’Amérique », a-t-il lancé, suscitant les acclamations de ses partisans.
Le président a également assuré qu’il ne laisserait pas une telle situation se produire aux États-Unis. « Nous n’allons pas laisser cela arriver à ce pays », a-t-il promis.
La réalité des événements en France est toutefois plus nuancée que la description qu’en fait le président américain. Les manifestations qui ont embrasé le pays ces derniers jours sont nées, il y a plusieurs semaines, de la colère d’élèves de lycées dénonçant des conditions d’enseignement dégradées : classes vétustes, enseignants absents, infrastructures défaillantes. À ce mouvement étudiant sont venus s’ajouter des salariés et des citoyens excédés par la hausse du coût de la vie et des prix des carburants.
Samedi 17 octobre, ces mobilisations ont dégénéré dans plusieurs grandes villes. À Paris, Marseille, Lille ou encore Limoges, des commerces ont été pillés, des véhicules incendiés et des bâtiments publics attaqués, dont l’hôtel de ville de Limoges, en grande partie détruit par les flammes. Le ministère de l’Intérieur a recensé 550 000 manifestants à travers le pays, et plus de 1 800 interpellations ont eu lieu. Emmanuel Macron a promis que les auteurs de ces violences seraient « poursuivis et punis ».
Pour Donald Trump, cet épisode français s’inscrit dans un discours bien rodé. Le président, qui a bâti ses trois campagnes présidentielles sur une rhétorique anti-immigration et anti-musulmane, a une nouvelle fois attribué les troubles à la politique migratoire française. Il a affirmé avoir mis en garde Emmanuel Macron, il y a plusieurs années, contre les dangers d’une frontière ouverte. « Je lui ai dit : « Tu fais une grosse erreur en France. Tu laisses entrer le monde entier. Paris allait devenir une ville musulmane très bientôt » », a-t-il raconté devant les journalistes à la Maison-Blanche, avant de rejoindre le Kansas.
Cette sortie s’inscrit dans une stratégie plus large : à moins de trois semaines des élections de mi-mandat, le président américain cherche à mobiliser son électorat en agitant le spectre du chaos. Selon un sondage Reuters/Ipsos publié lundi, sa cote d’approbation a toutefois atteint un niveau record de 31 %, le plus bas de son mandat. Les électeurs se disent préoccupés par la hausse des prix notamment celle du carburant, en hausse d’environ 45 % par rapport à l’année précédente dans le Kansas et par les conséquences de la guerre contre l’Iran.
Les propos de Donald Trump font écho à ceux tenus ces derniers jours par plusieurs figures de la droite radicale américaine et française. Le vice-président JD Vance a ainsi affirmé sur X que « les libéraux occidentaux ont importé le tiers-monde en France », accusant Paris d’avoir « ignoré les questions fondamentales d’assimilation et de compatibilité ». Marine Le Pen, de son côté, a dénoncé « les émeutiers » et accusé La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon d’avoir « légitimé la violence ».
Une convergence de discours qui illustre, à sa manière, la porosité des rhétoriques politiques à l’approche des échéances électorales, de part et d’autre de l’Atlantique.
Par Cherif Keita

