France : Dédicace choc à Paris : Kaar Kaas Sonn étrille l’asile à la carte et la Constitution bafouée au Tchad

Ce samedi, dans le 10e arrondissement de Paris, l’écrivain et artiste Kobdigue Flavien, alias Kaar Kaas Sonn, a dédicacé deux ouvrages devant un public dense et captivé. À travers Grand remplacement et Cette constitution qui devrait nous protéger, l’auteur lève le voile sur les fractures de l’immigration et l’effondrement de l’État de droit au Tchad, des sujets qui résonnent particulièrement dans l’actualité récente du pays .

« Grand remplacement » : un Tchadien, une fausse nationalité, un drame

Dans son premier livre, Grand remplacement, Kaar Kaas Sonn raconte l’histoire d’un jeune Tchadien en France. Pour obtenir ses papiers, il fait sa demande d’asile sous nationalité soudanaise, persuadé qu’avec le Tchad, il n’obtiendrait rien. Il se heurte alors à une intégration difficile, jusqu’à commettre l’irréparable : il agresse et tue un homosexuel, croyant ainsi entrer au paradis.

Bien que l’auteur précise que le récit est fictif, il part d’une expérience vécue. Lui-même a travaillé dans le social, en Mayenne, en contact permanent avec des migrants qu’il forme à l’intégration. Interrogé sur le titre, il explique s’inspirer de l’actualité politique française.

L’invité Makaila N’Guebla, ancien conseiller aux droits humains à la présidence tchadienne, a renchéri en affirmant que cette réalité des faux profils migratoires est bien réelle. Il a cité le cas d’une ancienne cadre tchadienne ayant obtenu des papiers aux Pays-Bas avec le Soudan, et souligné que des milliers de Soudanais seraient partis aux États-Unis avec des documents tchadiens, créant des tensions diplomatiques avec Washington.

« Cette constitution qui devrait nous protéger » : quand la loi fondamentale n’est qu’un chiffon

Le second ouvrage, Cette constitution qui devrait nous protéger : le non-respect de la loi fondamentale au Tchad, a provoqué une vive émotion. Rédigé dans un langage simple et accessible, il dénonce ce que l’auteur appelle le « viol de la constitution », là où les libertés théoriques (manifestation, presse) sont bafouées dans les faits.

« On ne construit pas un État avec des hommes forts, mais avec des institutions fortes », a martelé Kaar Kaas Sonn, fustigeant une constitution devenue un « kat-kat sakit » (simple papier sans valeur juridique). Il a pris des exemples concrets : le procès des opposants du GCAP et de Succès Masra, ou encore l’élection présidentielle où, affirme-t-il, les procès-verbaux n’ont pas été fournis, laissant place à des tirs d’armes.

Ce constat littéraire fait écho à une actualité brûlante. Depuis octobre 2025, une révision constitutionnelle contestée a établi un mandat présidentiel de sept ans renouvelable sans limite, une mesure qualifiée « d’autoritaire » par l’opposition . Makaila N’Guebla, prenant la parole, a ajouté que pour sa liberté d’expression, il a été déchu de sa nationalité, un acte contraire à la loi.

Une cérémonie sous le signe de l’engagement et de la diaspora

La cérémonie s’est clôturée autour d’un buffet convivial. Parmi les invités de marque figurait Madame Sohomti Ejangue Lottin, présidente de l’AFTATDIAS (Association des femmes tchadiennes amies de la diaspora), une structure active à Massy (Essonne) qui lutte contre les discriminations et soutient l’entrepreneuriat féminin .

Cette association, qui était également partenaire du concert de l’artiste engagé N2A Teguil au New Morning en septembre 2025, illustre le rôle croissant de la diaspora parisienne comme caisse de résonance des crises politiques tchadiennes . Alors que la communauté internationale s’inquiète d’une « vulnérabilité structurelle aiguë » menaçant le Tchad, les œuvres de Kaar Kaas Sonn apportent un éclairage humain et sans concession sur les conséquences de ces dérives .

Par Kenzo Brown 

Commentaires Facebook