France : les horloges centenaires de Léon Lognoné gardent le souvenir de la rue des Carmes
Autrefois appelé The Bridge, décor littéraire des Travailleurs de la Mer de Victor Hugo, le port de Saint-Samson à Guernesey était intégré au VIe siècle au sein d’un vaste réseau de possessions médiévales, héritage de l’influence des moines et orfèvres dolois comme seigneurs maritimes. Le travail des métaux et en particulier de l’étain permis de faire perdurer cette histoire profondément enracinée dans l’espace transmanche, carrefour de transition entre l’héritage culturel ancien et les inventions futures au contact des arts, des sciences et des progrès du temps.
Au cœur de l’ancienne cité épiscopale de Dol-de-Bretagne, ancien rivage du Mont-Saint-Michel, se situait au 9 Rue des Carmes au début du XXème siècle : l’horlogerie bijouterie de Léon Lognoné (1899-1984) fondée par son père, Théophile Joseph Lognoné (1869-1920) qui avait lui-même reçu l’apprentissage de l’horlogerie, entre création et transmission, de son aïeul, Julien François Lognoné (1821-1884), contemporain du Second Empire et qui avait encouragé les générations suivantes à se lancer dans ce métier d’art.
La rue des Carmes à Dol-de-Bretagne reliait la place Chateaubriand à la rue de Paris. Elle fut nommée d’après l’ancien couvent des Grands Carmes fondé au début du XVème siècle par Guillaume de Montauban. Marquée par la présence monastique, elle abritait aussi le couvent des Bénédictines et a été brièvement nommée “rue de la Révolution” en 1794.
La rue des Carmes longe la partie nord des remparts, où l’on peut voir la tour des Carmes. Devenue une rue résidentielle et commerçante, elle conserve un caractère historique fort au sein de la Petite Cité de Caractère.
Jean de Saint-Samson (1571-1636), de son vrai nom Jean du Moulin, était un mystique et frère convers de l’ordre des Grands Carmes en Bretagne. Figure clé de la réforme de Touraine au XVIIe siècle, cet aveugle est considéré comme le « Jean de la Croix » français. Il a vécu et exercé à Rennes. Jean de Saint-Samson a eu plusieurs disciples qui ont transmis sa pensée et sa mystique après sa mort : Dominique de Saint-Albert, Léon de Saint-Jean, Marc de la Nativité, Maur de l’Enfant-Jésus, et Léon de Saint-Jean (conseiller de Marie de Médicis et ami de saint François de Sales).
Il est souvent associé à Dol-de-Bretagne, ville liée à Saint Samson de Dol (l’un des sept saints fondateurs de la Bretagne), bien que le frère convers soit un personnage distinct du saint du VIe siècle.
Il ne faut pas le confondre avec Saint Samson de Dol (v. 495-565), moine fondateur. Saint Samson a voyagé en Irlande, en Cornouailles (Royaume-Uni) et en Bretagne armoricaine. Ces régions, en particulier les Cornouailles, étaient à cette époque de grandes zones de production et de commerce d’étain. La « Vie ancienne de saint Samson » mentionne ses déplacements dans des régions minières, où les moines fondaient des monastères dans des zones stratégiques. Historiquement, le commerce de l’étain entre la Bretagne et la Cornouailles était vital au début du Moyen Âge, un contexte dans lequel les saints fondateurs comme Samson ont évolué.
Saint Samson (v. 490-565), moine gallois et l’un des sept saints fondateurs de Bretagne, a joué un rôle clé dans l’évangélisation des Îles Anglo-Normandes. Son culte y est majeur, notamment à Guernesey où la paroisse et le port de Saint-Samson portent son nom. Il y a fondé des lieux de culte, marquant l’influence bretonne initiale.
La relation entre Victor Hugo et le couvent des Carmes (notamment celui de la rue des Feuillantines où il a passé une partie de son enfance) est marquée par une empreinte littéraire nostalgique et une opposition idéologique ultérieure, caractéristique de l’évolution du poète.
- Le cadre d’enfance (Les Feuillantines) : Bien que ce ne soit pas un couvent des Carmes déchaux stricto sensu, le couvent des Feuillantines (ou les Carmes de la rue de Vaugirard dans le voisinage) a marqué l’enfance de Hugo. Il en garde le souvenir d’un « paradis perdu », un lieu de jardin et de mystère qui influence la poésie de sa jeunesse et certains souvenirs nostalgiques dans ses œuvres.
- Influence littéraire : La poésie de Hugo, en particulier dans ses premières œuvres, est nourrie d’ambiances mystiques et de la vision du sacré, bien que réinterprétée à travers le prisme romantique (une « laïcisation poétique du fait religieux »).
En somme, les Carmes/Feuillantines représentent pour Hugo à la fois un refuge poétique de l’enfance et un symbole d’une institution religieuse dont il s’éloigne idéologiquement, tout en continuant à en exploiter la poésie et les images.
La Rédaction

