Gabon : Décès du Pr Auguste Moussirou Mouyama, une figure de l’intelligentsia s’éteint à 68 ans
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La communauté académique, littéraire et culturelle gabonaise est en deuil. Le professeur Auguste Moussirou Mouyama, éminent linguiste, poète et éditeur, s’est éteint dans la nuit du dimanche 22 au lundi 23 février 2026 au centre hospitalier d’Arras, dans le nord de la France. Il était âgé de 68 ans.
Le Gabon vient de perdre l’une de ses plus illustres figures intellectuelles. Le Pr Auguste Moussirou Mouyama est décédé des suites d’une maladie, emportant avec lui des décennies de savoir, de transmission et d’engagement pour la promotion de la culture et de la langue françaises en Afrique et dans le monde. L’annonce de sa disparition, relayée par l’Agence gabonaise de presse, a immédiatement suscité une vive émotion à travers le pays, de Libreville à Mouila, sa terre natale.
Un bâtisseur du savoir au parcours hors norme
Tout au long de sa carrière, cet intellectuel multidimensionnel s’est imposé comme un véritable bâtisseur du savoir. Linguiste de formation, le Pr Moussirou Mouyama a marqué des générations d’étudiants par la profondeur de ses enseignements. Ses cours magistraux ont résonné dans les amphithéâtres de l’Université Omar Bongo de Libreville, dont il fut l’une des figures les plus respectées, mais également au-delà des frontières, à l’Université d’Aix-Marseille I en France, où il a également dispensé son savoir avec la même passion communicative.
Au-delà de son travail d’enseignant, il a joué un rôle structurant pour l’enseignement supérieur gabonais en dirigeant l’École normale supérieure (ENS). À ce poste stratégique, il a contribué de manière décisive à la formation et au façonnement de générations entières de pédagogues, d’inspecteurs et de cadres de l’éducation nationale, imprimant sa marque sur tout le système éducatif du pays.
Une figure incontournable de la francophonie et de l’édition
L’influence du Pr Moussirou Mouyama dépassait très largement le cadre national. En sa qualité d’ancien responsable de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), il a œuvré sans relâche pour porter la voix académique du Gabon sur la scène internationale. Il a facilité la mobilité étudiante, encouragé la coopération scientifique et tissé des liens durables entre les universités francophones des quatre coins du monde.
Homme de plume et d’action, il était également profondément convaincu du rôle essentiel du livre comme instrument d’émancipation, de transmission et de mémoire. C’est avec cette conviction chevillée au corps qu’il a fondé et porté pendant des années les Éditions du Silence, une maison d’édition dédiée à la promotion des auteurs gabonais et africains, et à la valorisation d’une pensée authentiquement ancrée dans ses racines. Son œuvre poétique personnelle, tout en finesse, témoigne de son attention constante aux réalités culturelles, sociales et humaines de son époque.
L’héritage d’un humaniste profondément ancré dans ses racines
S’il était résolument ouvert sur le monde, le natif de Mouila, dans la province de la Ngounié, n’a jamais oublié ses origines. Il incarnait pour ses pairs cette génération rare de penseurs capables de lier harmonieusement la tradition à l’universalisme, la modernité à l’authenticité. Sa rigueur intellectuelle n’avait d’égale que son humanité, une qualité qui a profondément marqué ses anciens étudiants. Sur les réseaux sociaux, nombreux sont ceux qui se souviennent d’un mentor exceptionnel, d’un guide bienveillant. « Ses cours étaient des rivières de savoir », confie l’un d’eux, résumant le sentiment de toute une communauté.
Sa présence régulière dans les médias et sa participation au débat public faisaient également de lui une voix écoutée et respectée, capable d’analyser avec profondeur et hauteur de vue les enjeux de société.
En ces heures sombres, les pensées du monde universitaire, de la sphère culturelle et de toute la nation se tournent vers sa famille éplorée, et tout particulièrement vers ses frères, Alfred Mabika Ma Mouyama et Mamboundou Ma Mouyama. La mémoire nationale conservera à jamais l’empreinte indélébile de cet artisan de la culture, de ce serviteur dévoué de l’éducation et de la pensée.
Sa vie, désormais achevée, résonne avec une force particulière à la lumière de cette épître de saint Paul qui lui sied tant : « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi ». Le Gabon perd un pilier, mais son héritage, lui, demeurera éternel.
Par Jérôme Wailifu

