Guinée : 10 ans de prison ferme requis contre l’ex-président de la Cour constitutionnelle
Le procès de l’ancien président de la Cour constitutionnelle guinéenne, Mohamed Lamine Bangoura, et de ses deux coaccusés a pris une tournure décisive ce mercredi. Le ministère public près la Chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a requis une peine de dix ans d’emprisonnement ferme à l’encontre du haut magistrat, ainsi que contre Amadou Diallo et Sidiki Sylla, poursuivis dans la même affaire.
Les trois hommes sont jugés pour un vaste ensemble de délits financiers présumés, notamment « détournement de fonds, corruption, enrichissement illicite, blanchiment de capitaux et complicité », selon l’acte d’accusation.
Au cœur du dossier, des sommes colossales qui auraient été détournées du budget de l’institution censée garantir la régularité des scrutins et des lois. L’accusation avance trois postes principaux : 20 milliards de francs guinéens (environ 2,3 millions d’euros) auraient été détournés du budget alloué à la Cour constitutionnelle elle-même. À cela s’ajouteraient 15 milliards de francs guinéens prévus pour l’organisation des élections de 2020, ainsi que 9 milliards de francs guinéens perçus sous forme de rétrocommissions présumées sur les loyers du bâtiment abritant l’institution.
Détenu depuis décembre 2022, Mohamed Lamine Bangoura comparaît sous escorte. En revanche, ses deux coaccusés, Amadou Diallo et Sidiki Sylla, sont toujours en fuite. Ils font l’objet d’un mandat d’arrêt international émis en novembre 2025, qui n’a, à ce jour, pas été exécuté.
La défense de l’ex-président de la Cour constitutionnelle n’a pas encore réagi aux réquisitions du parquet. La chambre de jugement de la CRIEF a mis sa décision en délibéré, une date de verdict n’a pas été communiquée dans l’immédiat.
Cette affaire, qui touche au plus haut sommet de l’autorité judiciaire, intervient dans un contexte de lutte affichée contre la corruption par les autorités guinéennes issues du changement de 2021.
Par Frédéric Konaté

