Guinée équatoriale : un Français soupçonné d’espionnage arrêté à Bata
Un ressortissant français a été interpellé à Rio Campo, dans la province du Litoral, près de la frontière avec le Cameroun, soupçonné d’espionnage et de liens avec un groupe d’opposition qualifié de « terroriste » par Malabo, rapporte la télévision d’État TVGE.
Selon la télévision publique, l’homme, présenté comme un ancien militaire, était entré sur le territoire équato-guinéen muni d’un visa électronique touristique. Il aurait d’abord séjourné quatre jours à Malabo, sur l’île de Bioko, avant de se rendre au Cameroun, puis de revenir en Guinée équatoriale par voie terrestre via la frontière.
Les autorités affirment avoir découvert en sa possession plusieurs cartes du territoire continental ainsi que des croquis des zones frontalières avec le Cameroun et le Gabon, notamment autour du fleuve Ntem et des localités de Kié-Ossi et Modoun. La zone de Rio Campo abrite un détachement de la marine équato-guinéenne, faisant face à un poste naval camerounais de l’autre rive de l’estuaire du Ntem.
L’accusation la plus sensible concerne toutefois les relevés téléphoniques. Les enquêteurs disent avoir identifié des communications entre le Français et un numéro attribué à Salomon Abeso Ndong, présenté comme membre de la Coalition pour la restauration de l’État de droit (CORED). Cette formation d’opposition en exil a été officiellement qualifiée en septembre dernier d' »organisation terroriste » par le parquet de Malabo, qui l’accuse de projets de déstabilisation violente, de tentative d’assassinat du chef de l’État et de contacts présumés avec des groupes armés internationaux, dont Boko Haram et Al-Qaïda. Les autorités équato-guinéennes offrent une récompense de 1,5 million d’euros pour toute information permettant de localiser Salomon Abeso.
TVGE indique que le Français « restera détenu jusqu’à ce que les motivations de sa présence sur le territoire national soient clarifiées », sans préciser s’il a été déféré devant un juge, s’il a pu bénéficier d’un avocat ou si le consulat de France a été autorisé à lui rendre visite.
Paris n’a pas réagi publiquement à cette arrestation. L’épisode rappelle un précédent : en juillet 2021, six militaires français avaient été retenus à Bata après un atterrissage technique d’hélicoptères, Malabo les accusant déjà d’espionnage, avant de les libérer après des excuses françaises. Cette nouvelle affaire intervient alors que le régime de Teodoro Obiang, au pouvoir depuis 1979, est critiqué de longue date pour ses dérives autoritaires et que la justice française a récemment confisqué des biens parisiens du vice-président Teodorín Obiang, certains observateurs voyant dans ces arrestations un moyen de pression sur Paris.
Le ministère français des Affaires étrangères n’avait pas commenté l’affaire jeudi.
Par Cherif Keita

