Israël : De Tel-Aviv à Yaoundé : L’ultime voyage de Jean-Pierre Biyiti bi Essam

 

L’ancien ambassadeur du Cameroun en Israël, décédé à l’âge de 76 ans, a pris ce matin son dernier vol à destination de Yaoundé. Son corps rapatrié quitte la terre sainte où il a représenté le Cameroun pendant près de huit ans.

C’est un dernier départ empreint de solennité qui a eu lieu ce matin sur le tarmac de l’aéroport de Tel-Aviv. La dépouille mortelle de Jean-Pierre Biyiti bi Essam, ancien ambassadeur du Cameroun en Israël, a été embarquée à destination de Yaoundé, sa ville de cœur. L’ancien ministre des Postes et Télécommunications s’est éteint le jeudi 23 avril 2026 des suites d’une longue maladie, laissant derrière lui une carrière hors norme au service de l’État camerounais.

Un adieu solennel en terre israélienne

La cérémonie d’embarquement, organisée en présence des autorités consulaires et de membres de la représentation diplomatique, a marqué la fin d’un chapitre israélien ouvert en mai 2018. Nommé par décret présidentiel ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République du Cameroun auprès de l’État d’Israël, Biyiti bi Essam occupait ce poste stratégique depuis près de huit ans, avant d’être remplacé en février 2026. Son action diplomatique a contribué à consolider les relations bilatérales entre Yaoundé et Tel-Aviv, notamment dans les domaines sécuritaire et technique.

Un parcours exceptionnel entre journalisme et haute administration

Né le 20 juillet 1949 à Mvoula, près d’Ebolowa, dans la région du Sud, Jean-Pierre Biyiti bi Essam était un homme aux multiples facettes. Journaliste de formation, diplômé de la deuxième promotion de l’École supérieure internationale de journalisme de Yaoundé (ESIJY, aujourd’hui ESSTIC), il fait ses armes au quotidien Cameroon Tribune comme reporter avant de devenir chef de rubrique. En 1981, il rejoint la CRTV où il occupera le poste de directeur de l’information en 1990.

Mais c’est dans la haute administration que cet intellectuel, titulaire de plusieurs doctorats en sociologie et sémiologie, va connaître une ascension fulgurante. Conseiller technique au ministère de l’Enseignement supérieur, chargé de mission à la présidence de la République, secrétaire général puis ministre des Postes et Télécommunications entre 2009 et 2015, il aura marqué de son empreinte la modernisation numérique du pays.

Si son passage à la tête du département des Postes et Télécommunications est salué pour les réformes numériques engagées, la carrière de Biyiti bi Essam reste associée à une polémique retentissante : l’affaire des « 130 millions FCFA ». En 2009, lors de la visite du pape Benoît XVI au Cameroun, des fonds publics destinés à la couverture médiatique de l’événement transitent par son compte bancaire personnel.

Face à la pression médiatique et politique, l’ancien ministre de la Communication livrera une explication restée dans les annales : l’argent public aurait simplement fait « une escale » dans son compte privé. Cette affaire lui vaudra d’être écarté de son poste de ministre de la Communication, avant d’être « replacé » aux Postes et Télécommunications, puis finalement nommé ambassadeur en Israël.

L’hommage du ministère des Relations extérieures

Le ministre des Relations extérieures, Lejeune Mbella Mbella, a salmé « la mémoire d’un serviteur engagé de l’État, d’un diplomate chevronné qui a œuvré sans relâche pour le rayonnement du Cameroun sur la scène internationale ». Dans un communiqué officiel, le MINREX a tenu à souligner la contribution du défunt au renforcement des liens d’amitié et de coopération entre le Cameroun et Israël.

Un dernier hommage attendu à Yaoundé

L’arrivée du corps à l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen est prévue dans les prochaines heures. Une cérémonie nationale devrait être organisée en l’honneur de celui qui fut l’un des derniers grands témoins de l’histoire politique camerounaise, mêlant avec habilité les codes du journalisme, de l’administration et de la haute diplomatie.

Journaliste de terrain devenu cadre de la communication d’État, ministre puis ambassadeur, Jean-Pierre Biyiti bi Essam laisse derrière lui une trajectoire aussi brillante que controversée, image des contradictions d’une certaine élite administrative africaine. Son décès, survenu une semaine après la visite historique d’un autre pape, Léon XIV, au Cameroun, n’aura pas échappé aux commentateurs de la vie politique nationale.

Alors que son corps s’apprête à fouler à nouveau le sol camerounais, c’est un homme aux deux visages réformateur technocrate et acteur contesté d’un système aux frontières parfois poreuses qui regagne sa terre natale pour y recevoir les honneurs.

Par Georges Domo 

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