Mali: 13 ans de traque, zéro arrestation : Iyad Ag Ghali, le défi sécuritaire que le monde n’a pas relevé

 

Il est l’ennemi public numéro 1 du Mali. Commandant suprême du Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (JNIM), Iyad Ag Ghali est l’homme que la France, les États-Unis et la Cour pénale internationale (CPI) n’ont jamais réussi à capturer. Le 25 avril 2026, c’est sous son autorité que Bamako a été frappée en plein cœur. Retour sur le parcours d’un terroriste insaisissable.

Un enfant du désert devenu stratège jihadiste

Né dans les années 1950 entre 1954 et 1958 selon les sources  à Abeïbara ou Boghassa, dans la région de Kidal au nord du Mali, Iyad Ag Ghali est un Touareg de la tribu noble des Ifoghas. Rien dans ses jeunes années ne laissait présager le destin qu’on lui connaît aujourd’hui.

Dans sa jeunesse, il est musicien, percussionniste, auteur pour le célèbre groupe Tinariwen, figure emblématique de la scène musicale touarègue. Un homme qui boit du whisky, aime la musique et mène une vie mondaine dans les marges du Sahara.

Mais cette image bascule à partir des années 2000. Sous l’influence de prédicateurs salafistes pakistanais, il se radicalise. L’alcool disparaît. La musique aussi. Laisse place à une foi rigoriste, intransigeante.

De la rébellion touarègue au jihadisme

Dans les années 1990, il participe aux rébellions touarègues contre Bamako. Il dirige des factions, négocie des accords de paix, occupe même des fonctions officielles. Respecté, charismatique, redoutable négociateur.

En 2011, alors que la chute de Kadhafi déverse des milliers de combattants armés au Sahel, il est écarté de la direction du Mouvement National pour la Libération de l’Azawad (MNLA) car ses positions islamistes sont jugées incompatibles avec le projet indépendantiste laïc. Humiliation ? Opportunité ? Probablement les deux.

Il crée alors Ansar Dine (« Les Défenseurs de la Religion ») et s’allie à AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique).

En 2012, Ansar Dine joue un rôle décisif dans la prise du Nord malien. Avec AQMI et le MUJAO, le groupe marginalise le MNLA, prend le contrôle de Kidal, Gao et Tombouctou, et impose un régime de terreur : charia stricte, amputations, exécutions, destruction des mausolées millénaires de Tombouctou.

La création du JNIM, une machine de guerre

En 2017, Iyad Ag Ghali franchit une nouvelle étape. Il fonde le JNIM — Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans) — une fusion de plusieurs organisations jihadistes, dont Ansar Dine et la Katiba Macina d’Amadou Koufa. Le JNIM prête allégeance à Al-Qaïda et aux chefs talibans afghans. Iyad Ag Ghali en devient l’émir, le commandeur suprême.

Cette fusion est un acte de génie organisationnel. En réunissant Touaregs du Nord, Peuls du Centre et jihadistes transnationaux, il crée une organisation capable d’opérer sur des milliers de kilomètres carrés, de frapper simultanément en plusieurs endroits et de se fondre dans les populations locales.

Treize ans de traque, treize ans d’échecs

La liste de ceux qui ont essayé de l’éliminer est impressionnante :

· La France en a fait une priorité absolue pendant neuf ans d’opération Barkhane. Des dizaines d’opérations spéciales, des frappes de drones. Ses lieutenants sont éliminés. Lui reste intouchable.
· En 2016, selon Le Monde, il est repéré dans un hôpital de Tamanrasset, en Algérie. Une opération d’élimination est montée avec de faux médecins. Il change de chambre au dernier moment. L’opération échoue.
· En juillet 2017, la CPI émet un mandat d’arrêt contre lui pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Déscellé en juin 2024, il n’a jamais été exécuté.
· Les États-Unis l’inscrivent sur leur liste des terroristes mondiaux dès 2013. Gel des avoirs, interdiction de voyager, récompense. Sans effet.
· L’ONU l’a sanctionné.

Aujourd’hui, à plus de 70 ans, il n’est plus un combattant de terrain. Il est un stratège, un arbitre, un symbole. Mais son influence sur les opérations du JNIM reste entière.

25 avril 2026 : l’offensive qui a frappé Bamako

C’est sous son autorité que le JNIM a coordonné avec le Front de Libération de l’Azawad (FLA) l’offensive du 25 avril 2026 contre Bamako. L’alliance entre jihadistes et rebelles touaregs indépendantistes est sa création : deux forces aux objectifs parfois contradictoires qu’il a su réunir contre l’ennemi commun.

L’attaque de Kati, l’attentat contre la résidence du général Sadio Camara (dont la mort a été confirmée par Bamako), les offensives simultanées sur Gao, Sévaré et Kidal – toutes portent sa signature stratégique.

Sa justification, transmise via les canaux du JNIM, est toujours la même : riposte à la « tyrannie » du gouvernement de Bamako, à la dénonciation de l’Accord d’Alger et à la présence des forces russes, présentée comme une « nouvelle occupation étrangère ».

L’homme qui ne meurt jamais

La presse internationale l’a surnommé « l’homme qui ne meurt jamais ». Au Sahel, beaucoup commencent à y croire.

Les raisons de ces échecs répétés sont multiples :

· Sa connaissance du terrain – le désert de l’Adrar des Ifoghas, les montagnes de Kidal, les zones frontalières avec l’Algérie – est inégalable.
· Ses réseaux tribaux et familiaux chez les Ifoghas lui offrent une protection humaine qu’aucun renseignement satellitaire ne peut pénétrer.
· Sa mobilité extrême, ses communications rares et cryptées, sa capacité à disparaître dans le désert dès que la pression monte.

Iyad Ag Ghali a commencé comme musicien touareg dans le désert malien. Il est devenu l’un des terroristes les plus recherchés et les plus insaisissables du monde. Treize ans de traque internationale n’ont pas réussi à l’arrêter. Le 25 avril 2026, il a frappé au cœur de Bamako. Et il est toujours libre.

Par Issa Abdou 

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