Monde : L’armée de l’air israélienne opère un virage stratégique majeur : fin de la doctrine des « guerres-éclair », place à un conflit d’usure contre l’Iran
Cette annonce marque un bouleversement fondamental de la pensée stratégique israélienne, désormais tournée vers des conflits prolongés sur plusieurs fronts.
L’armée de l’air israélienne a annoncé une transformation profonde de sa doctrine militaire, en vigueur depuis les attaques du 7 octobre. Le changement est radical : l’état-major ne part plus du principe que les futures campagnes seront brèves, et prépare désormais activement des « guerres longues et d’usure », en particulier face à l’Iran.
Un haut responsable de l’armée de l’air, s’exprimant sous couvert d’anonymat pour le site Ynet, a déclaré : « Nous ne supposons plus que les campagnes militaires à venir seront de courte durée. Nous utilisons désormais des modèles avancés pour étudier comment mener des guerres prolongées et d’usure. Nous disposons des outils nécessaires, et cette approche est désormais pleinement intégrée à notre organisation. »
Une rupture stratégique déjà mise à l’épreuve
Ce virage théorique semble déjà avoir trouvé sa traduction sur le terrain. Selon plusieurs analystes, la vaste frappe aérienne menée par Israël contre l’Iran le 13 juin 2025 — visant des installations nucléaires, des bases militaires et des hauts responsables — a marqué l’entrée du conflit dans une phase « post-dissuasion classique ».
L’opération a mobilisé plus de 200 appareils, dont des F-35I, et a établi un record de distance opérationnelle (environ 2 300 km) . La complexité logistique et le niveau de coordination avec les services de renseignement (Mossad) ont été interprétés comme un test grandeur nature de la nouvelle doctrine d’usure.
Une adaptation aux réalités du champ de bataille
Si Israël démontre une supériorité technologique indéniable, ce changement doctrinal révèle aussi des fragilités. Durant les 12 jours d’affrontement, les forces israéliennes ont montré des limites en termes de taille de la flotte aérienne et de capacités logistiques, tandis que l’Iran exploitait une asymétrie favorable avec des missiles à bas coût.
Le nouveau paradigme marque le passage d’une stratégie de « containment » à une volonté de « démantèlement » du système iranien. Mais les observateurs soulignent qu’en l’absence de destruction complète du programme nucléaire iranien, l’état-major israélien s’expose à une usure progressive de ses propres capacités.
Un Moyen-Orient en phase d’accélération
Ce tournant annonce une nouvelle ère pour la région : les conflits tendent désormais vers une confrontation directe et hybride, où la capacité à soutenir l’effort sur la durée deviendra le facteur décisif. Dans ce jeu d’échecs stratégique, Israël parie sur la supériorité technologique, mais l’Iran mise sur la résilience et l’épuisement de l’adversaire.
L’issue de cette bascule reste incertaine, mais une certitude émerge : le Moyen-Orient est entré dans une phase de conflictualité durable, où chaque camp devra prouver sa capacité à tenir dans la longueur.
Par Francis Kaboré

