RDC : Martin Fayulu étrille le « dialogue-farce » de Tshisekedi et réclame des négociations sincères

Martin Fayulu ne mâche pas ses mots. Invité ce mardi sur Radio Okapi, le leader de l’ECiDé a une nouvelle fois douché les espoirs d’un dialogue national apaisé, en dénonçant le format proposé par le Président Félix Tshisekedi, qu’il réduit à de simples « consultations populaires » dénuées de toute substance politique.

Pour le président de la coalition Lamuka, l’architecture actuelle du dialogue est un leurre. « Les énièmes consultations de Félix Tshisekedi ne répondent ni à l’urgence de la guerre, ni à l’insécurité, ni à la détresse sociale des Congolais », a-t-il martelé, appelant à un « véritable dialogue national inclusif et souverain » capable de traiter les causes profondes de la crise multidimensionnelle qui plombe le pays.

Un dialogue entaché d’exclusions

Le 27 août dernier, le chef de l’État avait annoncé un dialogue national précédé de consultations dans les 26 provinces, tout en excluant les groupes armés, dont l’AFC/M23, tant qu’ils n’auraient pas déposé les armes. Une décision que Martin Fayulu juge incompréhensible, voire contradictoire. « Pourquoi négocier avec l’AFC/M23 à Doha, mais refuser de parler avec eux à Kinshasa ? », s’est-il insurgé, pointant du doigt les incohérences d’une approche qui négocie d’un côté et ferme la porte de l’autre.

Le leader de l’opposition exige que toutes les parties prenantes soient associées aux discussions, y compris l’ancien président Joseph Kabila et Corneille Nangaa, coordonnateur de l’AFC/M23. Il rejette par ailleurs l’idée que Félix Tshisekedi puisse fixer seul le cadre du débat, considérant que le chef de l’État est lui-même une partie prenante de la crise politique.

Un dialogue sincère ou rien

Martin Fayulu défend un dialogue de fond, limité à trois semaines ou un mois, avec les responsables religieux comme médiateurs. Il souhaite que soient examinées aussi bien les causes internes qu’externes de la crise, anciennes et récentes. Selon lui, les conclusions des consultations provinciales ne devraient pas être modifiées avant leur examen au niveau national, sous peine de vider le processus de sa substance.

Du côté du pouvoir, la position reste ferme. La ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Jacqueline Mwenze, a récemment déclaré sur RFI que toute discussion avec des groupes armés, notamment l’AFC/M23, devait se faire exclusivement dans le cadre du processus de Luanda, refusant catégoriquement de transiger avec les rebelles à Kinshasa.

La coalition C64, qui rejette fermement le dispositif présidentiel, a déjà annoncé une marche nationale le 15 septembre prochain pour manifester son opposition aux « manœuvres du camp au pouvoir ». Une mobilisation qui s’ajoute aux critiques acerbes de l’opposition, qui accuse le chef de l’État de chercher à préparer le terrain à une éventuelle modification de la Constitution.

Martin Fayulu place également le calendrier électoral au centre de son argumentaire, rappelant que l’échéance de 2028 est incontournable : « En décembre 2028, qu’il le veuille ou non, Félix doit partir. » Un avertissement sans équivoque adressé au chef de l’État.

Alors que les semaines passent sans qu’un accord sur les règles du jeu ne soit trouvé, le dialogue national tant attendu reste au point mort, prisonnier des divergences profondes entre un pouvoir qui fixe son cadre et une opposition qui refuse de s’y soumettre.

Par Jérôme Wailifu

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