Tchad : 31 août 1978 – 31 août 2026 : le pays se souvient, il y a 48 ans, la naissance d’un gouvernement d’union nationale
Retour sur une date clé de l’histoire politique tchadienne : la formation du premier gouvernement d’Hissein Habré, symbole d’une tentative avortée de réconciliation.
Un demi-siècle presque. Le 31 août 1978, il y a 48 ans jour pour jour, le Tchad vivait l’un de ces moments charnières où tout semble encore possible. Ce jour-là, Hissein Habré, investi Premier ministre, dévoilait la composition de son Gouvernement d’Union nationale provisoire. Vingt-deux noms, vingt-deux visages, vingt-deux espoirs pour un pays épuisé par les affres de la guerre civile.
Une équipe de 22 pour panser les plaies de la nation
L’exercice est périlleux : réunir autour d’une même table des hommes issus de bords antagonistes, venus du Nord comme du Sud, pour tenter de recoudre un tissu national malmené par des années de conflits. Le pari est osé, mais les acteurs de l’époque y croient encore.
Le gouvernement se compose de 16 ministres et 6 secrétaires d’État, dirigé par un Hissein Habré à la fois chef de l’exécutif et Premier ministre. Parmi les têtes d’affiche, on retrouve Kotiga Guérina aux Affaires étrangères, le colonel Mamari Djimet Ngakinar à la Défense, Mahamat Nouri à l’Intérieur ou encore Elie Romba aux Finances. Des noms qui, pour certains, continueront d’écrire les pages tourmentées de l’histoire du pays.
La composition complète de ce gouvernement historique
Premier ministre : Hissein Habré
Ministres :
1. Affaires étrangères et Coopération : Kotiga Guérina
2. Défense nationale et Anciens combattants : Colonel Mamari Djimet Ngakinar
3. Intérieur : Mahamat Nouri
4. Finances, Bâtiments et Matériels : Elie Romba
5. Économie et Plan : Mahamat Saleh Ahmat
6. Communications et Transports : Idriss Miskine
7. Enseignement supérieur et Recherche : Ali Pamdégué
8. Éducation nationale : Hamid Hangata
9. Agriculture et Lutte contre les calamités naturelles : Madengar Bérémadji
10. Élevage et Ressources naturelles : Abderahim Dahab
11. Travaux publics, Mines et Géologie : Dr Héléna Tchiouna
12. Fonction publique et Travail : Dimanche Béramgoto
13. Santé publique et Affaires sociales : Abderaman Hamdan
14. Justice : Abderraman Moussa
15. Information : Korom Ahmed
Secrétaires d’État :
16. Agriculture et Calamités naturelles : Hissein Alkhali
17. Économie et Plan : Mamadou Affono
18. Affaires étrangères : Hissein Koti
19. Éducation nationale : Ousman Gam
20. Secrétaire général du Gouvernement : Abakar Zaïd
21. Secrétaire général de la Présidence : Ngarnayal Mbaïlemdana
Ce gouvernement de transition naît dans le sillage du Pacte fondamental signé quelques semaines plus tôt, censé jeter les bases d’une paix durable. Mais les tensions restent vives entre les différentes factions, et les équilibres sont fragiles. Le Nord, qui a porté Habré au pouvoir, et le Sud, bastion du général Malloum, peinent à cohabiter.
La suite de l’histoire le confirmera : cette union nationale ne résistera pas aux rivalités internes. Dès 1979, les affrontements reprendront, plongeant le Tchad dans un nouveau cycle de violences. Il faudra attendre 1982 et l’accession au pouvoir d’Hissein Habré, puis 1990 avec l’arrivée d’Idriss Déby, pour que le pays connaisse une relative stabilité.
Une page d’histoire à ne pas oublier
Quarante-huit ans plus tard, cet anniversaire rappelle la complexité du destin tchadien. Ces 22 hommes, qu’ils aient marqué l’histoire ou sombré dans l’anonymat, ont un jour cru possible de réconcilier leur pays.
Si l’entreprise a échoué à court terme, elle témoigne d’une volonté récurrente, à chaque époque, de dépasser les clivages. En ce 31 août 2026, le Tchad peut mesurer le chemin parcouru, mais aussi les défis qui demeurent pour bâtir une nation définitivement unie.
Par Mbaikoula Philippe

