Tchad. « Abou Ceinture » : le livre qui dérange, la vérité qui s’impose – Makaila Acyl Ahmat Aghbach répond à cœur ouvert au journal l’oeil du Sahara
Il y a des silences qui pèsent plus lourd que les mots. Et des livres qui naissent pour les briser. En publiant « Abou Ceinture », Makaila Acyl Ahmat Aghbach n’a pas seulement écrit une biographie. Il a posé une pierre sur la tombe de l’oubli, un geste d’amour filial devenu devoir national. Alors que la séance de dédicace prévue à N’Djamena a été annulée dans des circonstances qui interpellent, l’auteur, fils de feu Acyl Ahmat Aghbach, figure historique du Tchad, a accepté de se livrer sans filet pour « L’Œil du Sahara ». Dans ses yeux, une flamme. Dans sa voix, une détermination que seul le devoir de mémoire peut insuffler. Entretien poignant.
«Journal L’Œil du Sahara » – Pouvez-vous présenter votre ouvrage en quelques mots ?
Makaila Acyl Ahmat Aghbach – « Abou Ceinture » est un ouvrage consacré à la mémoire d’un homme, mais aussi à une époque et à des valeurs. À travers ce livre, je retrace le parcours de mon père, feu Acyl Ahmat Aghbach, un homme politique et un acteur de la vie nationale tchadienne qui a marqué son temps par son engagement, ses convictions et son attachement au Tchad.
Ce livre n’est pas seulement un hommage familial, il est aussi un témoignage destiné aux jeunes générations afin qu’elles connaissent une partie de notre histoire contemporaine et les sacrifices de ceux qui ont œuvré pour leur pays.
« Journal L’Œil du Sahara » – Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire ce livre ?
Makaila Acyl Ahmat Aghbach – L’idée d’écrire ce livre est née d’un devoir de mémoire. Pendant plusieurs années, j’ai ressenti la responsabilité de préserver l’histoire et le parcours d’un homme qui a beaucoup compté pour notre famille et pour notre pays.
Au fil du temps, plusieurs écrivains et chercheurs m’ont contacté pour recueillir des informations, des témoignages et des éléments sur la vie de mon père, avec l’intention d’écrire un ouvrage sur son parcours. J’ai accepté de partager avec certains d’entre eux les informations dont ils avaient besoin, car je considère que la mémoire d’un homme qui a marqué son époque doit être connue et transmise.
Cependant, bien avant ces sollicitations, j’avais déjà nourri le projet personnel d’écrire ce livre. C’était pour moi une responsabilité particulière, en tant que fils, de raconter moi-même cette histoire, de préserver l’authenticité des souvenirs et de transmettre l’héritage humain et moral de mon père.
Au-delà du lien filial, j’ai voulu transmettre des valeurs de courage, de fidélité, de dialogue et de service de la nation. Ce livre est également une manière de rendre hommage à tous ceux qui ont contribué, à leur manière, à l’histoire du Tchad.
«Journal L’Œil du Sahara » – Quel message souhaitez-vous transmettre à vos lecteurs ?
Makaila Acyl Ahmat Aghbach – Le message principal est celui de la mémoire, du rassemblement et de la paix. Je souhaite rappeler que notre histoire doit être une source d’enseignement et non de division.
À travers la vie d’Acyl Ahmat Aghbach, j’invite les lecteurs à réfléchir sur l’importance de l’engagement citoyen, du dialogue et de l’amour de la patrie.
« Journal L’Œil du Sahara » – Comment avez-vous vécu l’annulation de la séance de dédicace ? Cette décision remet-elle en cause votre volonté de promouvoir votre livre ?
Makaila Acyl Ahmat Aghbach – (Il marque un temps, le regard ailleurs un instant). J’ai accueilli cette décision avec beaucoup de respect et de responsabilité. Une cérémonie peut être reportée, mais un travail de mémoire ne peut pas être annulé.
Cette situation n’entame en rien ma volonté de faire connaître ce livre et de partager son message. Au contraire, elle renforce ma détermination à promouvoir une œuvre qui porte avant tout un message culturel, historique et humain.
Je tiens également à remercier toutes les personnes qui avaient prévu de participer à cette rencontre et qui ont manifesté leur soutien. Leur présence, même empêchée, est une bénédiction.
«Journal L’Œil du Sahara » – Selon vous, quel rôle les citoyens peuvent-ils jouer dans la construction d’une société plus engagée et unie ?
Makaila Acyl Ahmat Aghbach – Chaque citoyen a un rôle essentiel à jouer. La construction d’une société unie commence par le respect de l’autre, le dialogue, la tolérance et la responsabilité individuelle.
Le Tchad a besoin de citoyens engagés qui privilégient l’intérêt général, qui valorisent la paix et qui considèrent la diversité comme une richesse plutôt qu’une faiblesse. C’est ensemble que nous bâtirons l’avenir.
« Journal L’Œil du Sahara » – Quels sont les principaux enseignements que les lecteurs tireront de cet ouvrage ?
Makaila Acyl Ahmat Aghbach – Les lecteurs découvriront le parcours d’un homme engagé, mais ils tireront surtout des enseignements sur la persévérance, la loyauté, le courage dans les moments difficiles et l’importance de rester attaché à ses convictions.
Ils comprendront également que l’histoire d’un pays se construit à travers les parcours de femmes et d’hommes qui ont contribué à son évolution. Mon père en était un. Il n’était pas seul. Et ce livre leur rend hommage à tous.
«Journal L’Œil du Sahara » – Envisagez-vous d’autres rencontres avec le public ou des dédicaces dans d’autres pays ?
Makaila Acyl Ahmat Aghbach – Oui, j’envisage d’autres rencontres avec le public, au Tchad comme dans d’autres pays où vivent des communautés tchadiennes.
Le livre appartient désormais aux lecteurs. Il est important de pouvoir échanger avec eux, écouter leurs réactions et continuer à faire vivre ce travail de mémoire à travers des conférences, des présentations et des séances de dédicace. Rien, ni personne, n’empêchera cette parole de circuler.
« Journal L’Œil du Sahara » – Quel message adressez-vous à vos lecteurs et à toutes les personnes qui vous soutiennent ?
Makaila Acyl Ahmat Aghbach – Je voudrais exprimer ma profonde gratitude à toutes celles et ceux qui m’accompagnent dans cette aventure. Vos encouragements sont une grande source de motivation.
Je demande aux lecteurs d’accueillir ce livre avec un esprit ouvert, comme une contribution à notre mémoire collective.
À tous ceux qui soutiennent cette œuvre, je dis merci pour votre confiance et votre attachement aux valeurs de culture, de paix et de transmission. Vous êtes mon carburant.
«Journal L’Œil du Sahara » – Comment se procurer le livre ? Où ?
Makaila Acyl Ahmat Aghbach – Le livre est disponible auprès de la maison d’édition Centre Al Mouna de N’Djamena. Les personnes intéressées peuvent également se rapprocher de l’équipe d’organisation ou me contacter directement à travers mes réseaux de communication afin de connaître les modalités d’acquisition.
L’objectif est de permettre au plus grand nombre de lecteurs, au Tchad et à l’étranger, d’avoir accès à cet ouvrage. Qu’il voyage, qu’il soit lu, partagé, discuté.
«Journal L’Œil du Sahara » – Quels sont vos projets ?
Makaila Acyl Ahmat Aghbach – Mes projets s’inscrivent dans la continuité de ce travail de mémoire et de transmission. Je souhaite continuer à promouvoir la culture, l’histoire et les valeurs de cohésion nationale. La plume ne se reposera pas. Le devoir de mémoire est un engagement de chaque instant.
« Journal L’Œil du Sahara » – Quel message adressez-vous aux autorités et aux Tchadiens en général ?
Makaila Acyl Ahmat Aghbach – (Sa voix se fait plus grave, plus lente. Chaque mot pèse son poids.) Aux autorités, j’adresse un message de responsabilité et d’ouverture : la culture, l’histoire et la mémoire doivent rester des espaces de rassemblement pour tous les citoyens.
Aux Tchadiens, je lance un appel à l’unité, à la paix et au dialogue. Malgré nos différences, nous avons une destinée commune : construire un Tchad stable, réconcilié et tourné vers l’avenir.
Notre pays a besoin de toutes ses filles et de tous ses fils. L’histoire nous enseigne que les grandes nations se construisent dans le respect mutuel et l’union. Et moi, fils d’Acyl, je crois en ce Tchad-là.
L’ouvrage « Abou Ceinture » est disponible auprès des Éditions Al-Mouna à N’Djamena. Makaila Acyl Ahmat Aghbach poursuivra son combat pour la mémoire, au Tchad et au-delà des frontières. Car, comme il le dit si bien, un travail de mémoire ne s’annule pas.

Propos recueillis par Kenzo Brown

