Tchad : Djedouboum Armand, militant du parti les transformateurs assassiné est inhumé à Toukra
Il y a des départs qu’on n’accepte pas. Et celui de Djedouboum Armand, arraché à la vie le 30 avril 2026 des suites de blessures par balles, laisse un vide immense dans le cœur de tous ceux qui luttent pour un Tchad plus juste. Membre actif du parti Les Transformateurs, dont le président, Dr Succès Masra, est incarcéré depuis déjà près d’un an, Djedouboum Armand n’aura pas eu la joie de voir son leader retrouver la liberté. Ses obsèques, célébrées à l’église EEMT N°4 d’Atrone avant son inhumation au cimetière de Toukra ce samedi 2 mai, ont été un moment de recueillement intense, mêlé à une profonde indignation.
Un militant pas comme les autres
Djedouboum Armand n’était pas un nom dans un communiqué. C’était une présence, un caractère, une flamme. Militant discipliné et engagé au sein du parti Les Transformateurs, il portait haut les idéaux d’un Tchad juste, digne et transformé. Ses camarades le décrivent comme un homme d’une loyauté à toute épreuve, courageux jusqu’à l’inconscience, mais aussi d’une gentillesse désarmante. Il militait pour un pays où l’on ne meurt pas parce qu’on ose célébrer un anniversaire politique.
Le drame est survenu à l’issue d’une activité organisée pour le 8ᵉ anniversaire de son mouvement. Ce soir-là, alors que rien ne le laissait présager, la fête s’est transformée en cauchemar. Des coups de feu ont retenti. Djedouboum Armand a été touché. Dans les heures qui ont suivi, la vie l’a quitté doucement, emportant avec elle les rêves d’un combattant qui espérait revoir un jour son président libre.
Près d’un an d’incarcération pour Succès Masra, et une lutte qui continue
Depuis bientôt un an, le Dr Succès Masra, président du parti Les Transformateurs, croupit dans les geôles du régime. Son incarcération, dénoncée par la communauté internationale et par les défenseurs des droits humains, n’a jamais été officiellement justifiée de manière transparente. Djedouboum Armand faisait partie de ceux qui, chaque jour, réclamaient la libération de leur leader. Il ne verra pas cette justice-là.
Dans l’assistance, cette absence pèse. Comment célébrer un militant quand le chef est derrière les barreaux ? Comment ne pas voir dans la mort de ce jeune homme le symbole d’un système qui écrase ceux qui osent espérer ?
« Son sacrifice ne sera pas vain »
À l’église EEMT N°4 d’Atrone, l’émotion était à couper le souffle. Les bancs étaient trop petits pour contenir toutes les larmes. Des proches se sont levés, la voix tremblante, pour raconter des souvenirs, des éclats de rire, des combats menés ensemble. Chaque parole était une caresse, un au-revoir, une promesse.
C’est le Secrétaire général, Dr Tog-Yeum Nagorngar (Toguy Gori), qui a porté la voix de tout un peuple en colère et endeuillé. Face à la dépouille de celui qu’il a appelé « martyr », il a dit des paroles qui resteront gravées :
« Nous savions que le chemin sur lequel nous nous engagions est dur, et que nous n’arriverons pas tous à la terre promise. Djedouboum Armand vient ajouter son nom à cette liste déjà trop longue des Martyrs de la Justice et de l’Égalité, alors que rien ne le laissait présager. Son sacrifice ne sera pas vain. Reconnaissance éternelle du peuple, cher camarade. »
Dans l’assistance, des sanglots étouffés. Des poings serrés. Des regards emplis de chagrin, mais aussi de détermination. Derrière chaque larme se cache une question : combien de Djedouboum faudra-t-il encore pour que la justice triomphe ?
À Toukra, la dernière demeure sous les larmes
Samedi 2 mai, au cimetière de Toukra, la terre était fraîchement creusée. Autour de la tombe, des visages fatigués, des mères soutenues par leurs proches, des enfants qui ne comprennent pas encore pourquoi les grands pleurent. Parents, connaissances, simples anonymes venus par solidarité… Tous étaient là pour ne pas le laisser partir seul.
Lorsque le cercueil a été descendu, un silence lourd a pesé sur l’assistance. Puis, une voix s’est élevée, seule, presque fragile : « Touchés mais debout. » La phrase a résonné comme un souffle, comme un pacte. Djedouboum Armand n’est plus là, mais son combat ne s’arrêtera pas.
Adieu, cher guerrier, en attendant la liberté
Ceux qui l’ont connu garderont de lui l’image d’un homme debout, même à genoux. D’un militant qui donnait sans compter. D’un ami fidèle et d’un frère aimant. Alors que son président, Dr Succès Masra, attend toujours sa libération après près d’un an de détention arbitraire, Djedouboum Armand, lui, a rejoint la terre promise qu’il appelait de tous ses vœux.
La famille biologique et la famille de lutte ont tenu à remercier toutes celles et ceux qui se sont mobilisés pour ces obsèques. Une pensée émue est allée particulièrement aux Transformateurs, ces compagnons du quotidien avec qui il partageait tout, jusqu’au danger.
Repose en paix, Djedouboum Armand. Que la terre de Toukra te soit légère. Puisses-tu, là-haut, veiller sur ceux qui continuent le combat. Et puisse ton sacrifice ouvrir enfin les portes des prisons à ceux qui n’auraient jamais dû y entrer.
Par Kenzo Brown

