Tchad : « Les médias tchadiens face aux défis du terrorisme » : Michael Didama interroge le rôle de la presse dans une région en guerre
Alors que le Tchad est confronté depuis des années aux assauts des groupes armés terroristes, une question demeure trop souvent éludée : quel rôle les médias doivent-ils jouer face à cette menace ? Michael Ndaklirim Didama, figure emblématique du journalisme tchadien, y répond dans un essai percutant publié aux Éditions Toumai : Les médias tchadiens face aux défis du terrorisme (103 pages, 10 000 FCFA).
Entre Vérité, Éthique et Responsabilité les trois mots qui trônent en exergue de l’ouvrage le journaliste explore une problématique brûlante d’actualité. Comment informer sans servir la propagande terroriste ? Comment couvrir les attaques sans semer la panique ? Comment protéger les journalistes envoyés sur le terrain ? Autant de questions auxquelles Didama tente d’apporter des réponses, forts de ses années d’expérience à la tête du journal Le Temps.
Un livre né d’un travail académique, nourri par une décennie de recul
Il y a plus d’une décennie, lorsque ces pages ont été rédigées pour la première fois sous la forme d’un travail universitaire, le Tchad tâtonnait encore. Le pays cherchait ses mots pour nommer ce qu’il vivait, ses gestes pour y répondre, ses garde-fous pour ne pas se noyer dans la violence en la racontant. À travers l’analyse que ce livre restitue, l’auteur a tenté de saisir cet « instant de bascule », ce moment précis où le journaliste tchadien se découvrait soudainement exposé à une forme de violence qu’il n’avait ni les outils ni les repères pour traiter.
Aujourd’hui, le temps a confirmé les craintes de Didama avant même d’exaucer ses espoirs. Le terrorisme s’est installé dans le paysage sécuritaire tchadien, et les médias doivent composer avec cette nouvelle donne. Cet essai se veut donc à la fois un constat, une analyse et un plaidoyer pour un journalisme responsable en contexte de crise.
Un auteur qui a payé le prix de la parole
Michael Ndaklirim Didama naît le 6 mai 1972 à Abéché, à l’Est du Tchad, dans une famille portée par l’ambition intellectuelle. Son père, cadre des Postes et Télécommunications et grand lecteur devant l’Éternel, et sa mère, première diplômée de son village, lui transmettent très tôt le goût du savoir.
Journaliste de formation et de vocation, Didama consacre plus de deux décennies à la presse indépendante tchadienne. Il dirige le journal Le Temps dont il assume la direction de publication d’août 2000 à juin 2022, faisant de ce titre une référence incontournable du paysage médiatique national. Son engagement lui a d’ailleurs valu d’être incarcéré en 2005, une épreuve qui a forgé sa détermination à défendre une presse libre et responsable.
Sur le plan académique, Michael Didama est titulaire d’une maîtrise professionnelle en communication et gestion des ressources humaines ainsi que d’un Master II en communication et journalisme. Il poursuit actuellement des travaux en vue d’une thèse de doctorat, témoignant d’une curiosité intellectuelle sans cesse renouvelée.
Il est également auteur de L’unité africaine, du rêve à la nécessité : plaidoyer pour les États-Unis d’Afrique, paru en octobre 2004 aux Éditions Sao. Avec ce nouvel opus, il aborde un sujet résolument contemporain qui interpelle autant les professionnels des médias que les citoyens.
Pourquoi il faut lire ce livre
À l’heure où les groupes terroristes exploitent les failles informationnelles pour diffuser leur propagande, où les journalistes sont parfois pris pour cibles, où la frontière entre information et désinformation s’amincit, l’essai de Michael Didama arrive à point nommé. Il propose une réflexion nécessaire sur les défis éthiques et pratiques auxquels sont confrontés les médias tchadiens dans un environnement sécuritaire dégradé.
Disponible en librairie au prix de 10 000 FCFA, cet ouvrage s’adresse à tous ceux qui s’intéressent au rôle des médias dans les sociétés en crise. Un livre essentiel pour comprendre comment la presse tchadienne apprend à naviguer entre vérité et responsabilité, dans un contexte où chaque mot peut être une arme..
Par Kenzo Brown


