Tchad : Pagne à 7 000 FCFA : Le « soulagement » des acheteuses, la « colère » des vendeuses, un cadeau empoisonné du gouvernement pour le 8 mars?

 

À trois jours seulement de la célébration de la Journée internationale des droits de la Femme, une décision gouvernementale de dernière minute vient de créer un électrochoc dans le secteur commercial tchadien. Le ministère de la Femme a annoncé une réduction drastique du prix du pagne officiel de la SENAFET, le faisant passer de 11 000 à 7 000 FCFA. Si les consommatrices se réjouissent, les revendeurs, eux, crient à la catastrophe financière.

L’information est tombée comme un couperet : à quelques jours de l’événement, les prix changent. Ce revirement, justifié officiellement par un « plaidoyer social » face à la vie chère, devait initialement soulager le portefeuille des Tchadiennes. Mais pour de nombreux petits opérateurs économiques, l’annonse s’apparente à une véritable « bombe à retardement » financière.

Des commerçants pris à la gorge

Car derrière l’apparente bonne nouvelle pour le consommateur se cache une tout autre réalité. Depuis plusieurs semaines, grossistes et détaillants ont constitué leurs stocks en se basant sur le tarif initial fixé par les organisateurs, soit 11 000 FCFA l’unité.

« J’ai investi toutes mes économies et contracté un petit prêt pour acheter une cinquantaine de pagnes. Je les ai payés 11 000 FCFA pièce. Aujourd’hui, on me dit de les vendre 7 000 FCFA. Comment voulez-vous que je m’en sorte sans vendre à perte ? », s’emporte Mariam Adoum, revendeuse sur un marché de N’Djamena, les larmes aux yeux.

La crainte est partagée par toute la corporation. Avec cette décision unilatérale, les commerçants se retrouvent avec des marchandises surévaluées que personne ne voudra acheter au prix fort alors que le tarif officiel a été cassé. La perte sèche pourrait être immense pour ces femmes qui, pour beaucoup, vivent du commerce saisonnier lié aux grandes fêtes nationales.

Le dilemme de l’État : paix sociale ou soutien à l’économie locale ?

Face à ce séisme, une question taraude les esprits et reste pour l’heure sans réponse officielle : l’État compte-t-il voler au secours des petits commerçants ?

Les syndicats de commerçants commencent à s’agiter et réclament d’urgence un mécanisme de compensation. La principale revendication est claire : si l’exécutif a imposé une baisse dans un but de paix sociale, ne doit-il pas également assumer la différence de prix sur les stocks déjà acquis ?

« Il est louable de vouloir protéger le pouvoir d’achat des Tchadiennes, mais on ne peut pas le faire en sacrifiant une autre frange de la population, tout aussi vulnérable. Ces commerçantes ne sont pas des gros poissons, ce sont des mamans qui tentent de survivre. Si l’État ne met pas en place une subvention pour compenser la perte sur les stocks restants, c’est la faillite assurée pour elles », analyse un observateur de la société civile.

Une semaine décisive

Alors que les préparatifs de la fête battent leur plein, le climat est plus à la tension qu’à la célébration dans les coulisses commerciales de la SENAFET. Les regards sont désormais tournés vers le ministère de tutelle.

Les commerçants attendent un signe fort, une mesure d’accompagnement qui pourrait prendre la forme d’une aide directe ou d’un étalement des pertes. En l’absence de réponse, beaucoup menacent de boycotter la vente, ce qui pourrait paradoxalement créer une pénurie de pagnes officiels pour le 8 mars, au grand dam des femmes que l’on cherche à honorer.

Entre la satisfaction des consommatrices et la survie économique des vendeurs, le gouvernement devra trouver rapidement une ligne de crête pour que la fête ne se transforme pas en champ de ruines financières.

Par Kenzo Brown 

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