Tchad : Pala : dix mois de salaires impayés, un agent décédé faute de soins – la gestion du maire pointée du doigt

 

La commune de Pala, chef-lieu du Mayo-Kebbi Ouest, est en proie à une crise sociale d’une gravité alarmante. Depuis près de dix mois, les agents municipaux attendent leurs salaires. Une situation intenable qui a déjà coûté une vie, et qui révèle un fossé grandissant entre les discours officiels et la réalité vécue par les employés.

Un drame humain qui aurait pu être évité

La semaine dernière, un agent de la mairie est décédé. Son tort ? Ne pas avoir pu payer ses soins de santé, faute de revenus depuis des mois. « Il n’est pas mort d’une maladie incurable, il est mort à cause de l’indifférence des autorités », lâche un collègue, la voix étranglée par la colère. Ce drame n’est pas un fait divers : il est le symptôme brutal d’une gestion qui laisse des familles entières sans ressources.

Un budget de 1 milliard FCFA, mais des caisses vides pour les agents

Pendant que les employés peinent à nourrir leurs enfants, la mairie affiche un budget 2026 de plus d’un milliard de francs CFA. Une contradiction que les agents ne digèrent pas. « Où passe l’argent ? Le maire circule en véhicule de fonction, effectue des missions sans difficulté, mais nos salaires, eux, sont inexistants », dénonce un agent, assis dans la cour déserte de la mairie.

Quant aux services de base, ils sont tout simplement à l’arrêt. La voirie, compétence pourtant essentielle de la commune, est inexistante. Les contribuables paient des impôts, mais ne voient aucun retour en matière d’entretien des routes ou de services publics minimaux.

Un silence assourdissant des autorités provinciales

Face à cette détresse, les autorités provinciales du Mayo-Kebbi Ouest restent muettes. Aucune déclaration, aucune mesure d’urgence, aucune médiation. Ce mutisme est perçu par les agents comme un mépris affiché. « Nous avons interpellé tout le monde : le préfet, le ministre de tutelle, le maire lui-même. Rien. Pas même une promesse », témoigne un employé, amer.

Cette inertie rappelle les précédents épisodes de tensions sociales dans la fonction publique tchadienne, où les retards de paiement ont souvent été suivis de grèves et de mouvements de protestation. À Pala, le risque d’un débrayage général est désormais plus que jamais palpable.

Une situation qui n’est plus tenable

Les agents ne réclament pas des faveurs, mais un droit fondamental : celui de toucher leur salaire pour vivre dignement. « Nous ne demandons pas l’aumône, nous demandons ce qui nous est dû. Et nous voulons comprendre pourquoi notre vie n’a aucune valeur aux yeux de ceux qui nous dirigent », conclut un agent, le regard tourné vers la porte close du cabinet du maire.

En attendant, les familles s’appauvrissent, les services s’effondrent et la colère monte. La province du Mayo-Kebbi Ouest, déjà fragilisée économiquement, pourrait bien assister à une explosion sociale si les autorités continuent d’ignorer ce cri d’alarme.

Par Mbaikoula Philippe 

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