Tchad : Quand la lutte use les corps : Ngarlejy Yorongar, figure historique de l’ opposition éprouvée par la maladie.

 

Figure emblématique et irréductible de l’opposition tchadienne, Ngarlejy Koji Yorongar Le Moiban, plus connu sous le nom de Yoro, traverse depuis plusieurs années une période de grande fragilité sanitaire. Longtemps absent de la scène politique active en raison de problèmes de santé persistants, l’ancien député apparaît aujourd’hui profondément éprouvé physiquement, suscitant une vague d’émotion et d’appels à la solidarité.

De retour récemment de France, où il a bénéficié de soins médicaux, l’homme que beaucoup considèrent comme l’un des opposants les plus farouches que le Tchad ait jamais connus se montre affaibli. Les images diffusées ces derniers jours ont ravivé les inquiétudes autour de son état de santé et rappelé le lourd tribut payé par de nombreux acteurs de la lutte démocratique en Afrique.

Un parcours politique forgé dans la résistance

Fondateur en 1995 de la Fédération Action pour la République (FAR), Ngarlejy Yorongar s’est imposé pendant plusieurs décennies comme une voix critique incontournable face aux régimes successifs. Député à l’Assemblée nationale, candidat à plusieurs élections présidentielles, il s’est illustré par son combat acharné contre la gestion controversée du pétrole tchadien, notamment dans la région de Doba, ce qui lui vaudra le surnom de « l’homme des 301 puits pétroliers ».

Son engagement sans concession lui a valu arrestations, détentions arbitraires, intimidations et exils, autant d’épreuves qui ont progressivement entamé sa santé.

Le coût humain de la lutte politique

Le cas Yorongar n’est pas isolé. À l’image de nombreux opposants africains, son parcours illustre le prix physique et psychologique de décennies de confrontation avec des systèmes autoritaires.

– Les détentions répétées, souvent dans des conditions difficiles, laissent des séquelles durables.

– Le stress chronique, lié à la surveillance et à l’incertitude permanente, affaiblit l’organisme.

-L’exil et l’accès irrégulier aux soins aggravent des pathologies parfois évitables.

En 2026, plusieurs figures historiques de l’alternance démocratique sur le continent font face à des situations sanitaires critiques, révélant une réalité souvent passée sous silence : la lutte politique use les corps autant que les esprits.

Un appel à la solidarité nationale et internationale

Face à la dégradation de son état de santé, un soutien multidimensionnel est aujourd’hui sollicité autour de Ngarlejy Yorongar :

– Soutien médical, y compris la possibilité d’évacuations sanitaires adaptées lorsque les infrastructures locales montrent leurs limites.

– Solidarité financière, car les frais médicaux prolongés et les années de combat politique ont largement entamé les ressources personnelles et familiales.

– Protection morale et juridique, alors que l’histoire africaine montre que la maladie d’un opposant peut parfois être instrumentalisée pour l’écarter définitivement de la vie publique.

Des organisations de défense des droits humains alertent régulièrement sur ces situations, appelant à une prise en charge respectueuse de la dignité humaine, indépendamment des positions politiques.

Un symbole pour la jeunesse tchadienne

L’affaiblissement de Ngarlejy Yorongar marque un moment fort pour l’opposition tchadienne. Il pose la question de la transmission du combat démocratique et de la responsabilité des nouvelles générations.

Pour de nombreux jeunes militants, voir un leader historique s’épuiser sans avoir vu l’aboutissement de sa lutte est à la fois une source de tristesse et un appel à poursuivre l’engagement avec lucidité, méthode et persévérance.

Une mémoire vivante de la lutte démocratique

Au-delà de la maladie, Yorongar reste une mémoire vivante du combat politique tchadien. Son parcours rappelle que la démocratie ne se conquiert pas sans sacrifices, et que ceux qui portent la voix des sans-voix finissent souvent par en payer le prix le plus lourd.

Aujourd’hui, alors que l’homme se bat sur un autre front, celui de la santé, la solidarité devient un devoir moral, au-delà des clivages politiques

Par Kenzo Brown

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