Tchad :Quand le micro s’ouvre, grâce à l’Institut français du Tchad et Betna, le rap de Moundou renaît de ses cendres

Il est des soirées qui marquent une ville à jamais. Samedi 10 octobre, la grande salle de l’ATNV de Moundou a vibré comme rarement. Sous les projecteurs, vingt jeunes rappeurs, formés pendant trois week-ends par le rappeur Menef Oculaire, ont livré une restitution publique bouleversante devant un public venu en masse et resté suspendu jusqu’à 19 heures. Une soirée portée par l’Institut français du Tchad (IFT), en partenariat avec l’espace culturel Betna Moundou, qui ont offert à cette jeunesse bien plus qu’une scène : une chance de croire en elle. Retour sur une initiative qui pourrait bien changer la donne pour la culture urbaine dans la région.

Une initiative portée par deux acteurs engagés

Tout est parti d’une conviction : le rap tchadien regorge de talents, mais il manque d’espaces, de formation et d’accompagnement. L’Institut français du Tchad, fidèle à sa mission de promotion des cultures et des échanges, a décidé d’agir. En partenariat avec l’espace culturel Betna Moundou, qui a ouvert grand ses portes et son énergie, un atelier d’initiation au rap a été lancé.

L’objectif était clair : offrir aux jeunes de Moundou bien plus qu’un simple atelier. Un véritable parcours de formation, gratuit et accessible, pour apprendre à écrire, à poser sa voix et à monter sur scène avec confiance.

Menef Oculaire, le formateur qui a cru en eux

Au cœur de cette aventure, un homme : le rappeur Menef Oculaire. C’est lui qui a porté la formation, encadrant les participants avec exigence et bienveillance. Pendant trois week-ends intenses chaque vendredi et samedi il a transmis son savoir-faire et sa passion, travaillant sans relâche avec les jeunes sur les structures de texte, la métrique, la gestion du souffle, la diction, la présence scénique et l’attitude sur scène.

Trois axes ont structuré cet apprentissage :

L’écriture et la poésie : trouver les mots justes pour exprimer un ressenti, un point de vue sur le monde ou une histoire personnelle.

Le travail de la voix : apprendre à placer son souffle, gérer son rythme et donner de l’impact à chaque syllabe.

La présence scénique : vaincre le trac pour monter sur scène et partager ses textes en direct.

Une restitution qui a fait vibrer toute une salle

Samedi 10 octobre, la grande salle de l’ATNV a accueilli la restitution publique de cet atelier. Le public est venu en masse et est resté connecté jusqu’à 19 heures, suspendu à chaque rime, à chaque respiration des jeunes artistes.

Textes engagés, refrains entraînants, improvisations sur le vif : les participants ont livré des prestations sincères, rythmées et variées. L’apothéose de la soirée a été la scène de clôture, où Menef Oculaire a partagé la piste avec l’ensemble des participants. Un moment d’unité, de transmission et de pure communion artistique, salué par une salve d’applaudissements.

« Mission accomplie ! » : les remerciements de Menef Oculaire

Au moment de prendre la parole, l’émotion était palpable chez le formateur. Devant un public conquis et des jeunes artistes encore portés par l’adrénaline de la scène, Menef Oculaire a tenu à exprimer sa gratitude et sa fierté.

« Mission accomplie ! » s’est-il exclamé. « Fier d’avoir animé cet atelier de formation en écriture de rap tchadien, une belle initiative de l’Institut français du Tchad en partenariat avec l’espace Betna Moundou. Quel bonheur de voir ces jeunes talents s’approprier la scène avec autant de flow et de détermination ! »

Il a ensuite remercié chaleureusement l’Institut français du Tchad pour avoir initié et financé ce projet, ainsi que la direction de l’espace Betna Moundou pour son accueil et son accompagnement tout au long de la formation. Des remerciements appuyés, à la hauteur de l’engagement de ces deux partenaires qui ont rendu possible ce qui semblait, pour beaucoup, n’être qu’un rêve.

Menef Oculaire n’a pas oublié non plus de saluer le courage et la rigueur de ses dix-neuf rappeurs, ainsi que la détermination de l’unique candidate féminine de la promotion, qui a bousculé les codes avec un talent exceptionnel.

Cette jeune artiste a marqué les esprits par son courage et sa maîtrise, traçant la voie pour les futures rappeuses de la région. Un symbole fort pour la scène hip-hop de Moundou.

Cet événement marque un tournant : cela faisait de nombreuses années que la ville de Moundou n’avait pas accueilli une initiative dédiée au rap. L’Institut français du Tchad et l’espace Betna Moundou ont donc rouvert une porte que beaucoup croyaient fermée.

« Cette restitution réussie prouve qu’un appui ponctuel ne doit être qu’un début », plaide Menef Oculaire. Il encourage les partenaires à pérenniser cet atelier chaque année et à accompagner ces talents vers le studio professionnel, afin que le rap de Moundou résonne dans tout le Tchad.

Les voix de cette aventure

Cette première édition a réuni Fanny Jay, Gus Le Juste, Equali, Dieu Béni Solo, Winner, Chris Benis, Djaz Lefuturiste, Narcis Plus, Ipo King, Black-ben Debdjon Mbaiouadjim, GHISB, Tog-allah Kosmadji Juste, Cyclonisme, Md Nap’s Yowan, Ramadane Michael Alladoumngar, Maïlem Chimène, Danja Smart, et bien d’autres plumes venues écrire une nouvelle page de la culture urbaine tchadienne.

Par Kenzo Brown 

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