France : Jean Jacques Marie Cyprien Victor Coste et Marguerite Chanvil – de la renaissance de l’ostréiculture au quai des futurs en nutrition-santé

Les effets de la surpêche furent plus immédiats et plus précoces qu’en Grande-Bretagne, mais là où l’Angleterre sombra dans le chaos et l’impuissance, les Français réagirent avec vigueur.

Les bancs d’huîtres étaient considérés comme un précieux patrimoine national. Leur législation était différente. Alors que la liberté individuelle, inscrite par les barons dans la Magna Carta, avait réussi, d’une manière ou d’une autre, à s’imposer par association aux criques et estuaires anglais, les Français n’éprouvaient pas de tels scrupules.

François Ier en 1544, puis Henri III en 1584, affirmèrent la prérogative royale de posséder et d’exploiter les bancs d’huîtres dans l’intérêt national et allèrent jusqu’à démanteler la pêche privée. C’est pourquoi, dans l’exemple de Cancale, c’est l’Amirauté qui fut appelée à examiner l’état des bancs lorsque les récoltes commencèrent à décliner. Selon la conception française, l’État était propriétaire des richesses du littoral et les administrait à sa guise. Pour l’huître, cela signifiait au bénéfice du peuple, comme l’avait également supposé Colne dans l’Essex.

En 1840, la marine dut également être appelée à patrouiller les bancs d’huîtres autour d’Arcachon afin de protéger les ostréiculteurs, mais il était déjà trop tard.
Les Français furent alors incités à agir collectivement. Le brillant embryologiste Victor Coste, de son nom complet Jean Jacques Marie Cyprien Victor Coste, avait observé les techniques d’élevage encore utilisées dans la baie de Naples, au lac Fusaro, depuis l’époque romaine. Celles-ci avaient été remises au goût du jour un siècle auparavant, lorsque le roi Ferdinand IV de Bourbon avait créé un parc pour les moules, puis pour les huîtres « cueillies dans les pots, les roseaux, les fagots, les palissades et au fond du lac ». C’était en 1764.

L’enthousiaste Coste demanda à Napoléon III 8 000 francs pour repeupler la baie de Saint-Brieuc, à l’ouest de Saint-Malo. Il importerait des huîtres dans la baie. Il paya un bateau pour les surveiller, puis, suivant l’exemple italien, il disposait des pierres, des fagots et autres supports pour que, lors de la ponte des huîtres, les jeunes puissent s’y fixer et que les pêcheurs aient également de quoi s’occuper. Un an plus tard, en 1859, un Coste ravi annonça à Napoléon que l’expérience avait été un succès retentissant. Pour preuve, il cita un seul fagot portant plus de 20 000 naissains. Il recommanda à tout le littoral français, et même aux colonies de Corse et d’Algérie, de suivre son exemple, sauf là où le rivage était trop vaseux. Napoléon, avec enthousiasme, accepta.

Une seconde percée eut lieu à peu près à la même époque, attribuée cette fois à un tailleur de pierre nommé M. Bouef, sur l’île de Ré, près de La Rochelle. N’étant pas un proche de Napoléon, son prénom, ou ses prénoms, sont inconnus, mais sa contribution fut sans doute tout aussi importante. Il remarqua que dans les eaux vaseuses, les huîtres s’accrochaient aux digues en pierre. Il aménagea des vasières peu profondes en construisant de petits parcs en pierre et en recouvrant le fond de galets. Cette méthode s’avéra également efficace. N’étant plus dépendants des aléas de la nature, les Français comprirent qu’ils pouvaient importer des huîtres de toute l’Europe sous forme de naissain et les élever dans des parcs spécialement aménagés. Bientôt, les importations furent si importantes qu’elles épuisèrent presque entièrement les stocks espagnols : les 20 millions d’huîtres récoltées en 1860 atteignirent 350 millions en 1907.
Cette méthode fut également utilisée pour l’huître la plus célèbre du pays, la Belon. Là encore, c’est Coste qui en eut l’idée. La Belon tire son nom de la rivière Aven-Belon, bien que son appellation soit moins historique qu’on le prétend et souvent employée à tort. Il ne s’agit pas d’une nurserie ni même d’une zone d’élevage, mais ces eaux riches en plancton sont l’endroit où les huîtres sont affinées avant d’être commercialisées. Elles ont au moins trois ans ; certaines reçoivent un simple bain avant d’être chargées dans le camion, tandis que d’autres (les huîtres spéciales) y restent plusieurs mois.

On attribue à Coste le mérite d’avoir compris que la richesse en fer et le mélange d’eau de mer et d’eau claire faisaient de Belon un environnement idéal pour l’ostréiculture. Il persuada August Constant Solminihac de quitter le Périgord avec sa famille pour s’y installer en 1864, en important ses premiers naissains de Belgique. Plus tard, Coste contribuera à la renaissance de l’ostréiculture dans les baies de Toulon et de Brest grâce à des huîtres importées d’Angleterre. Solminihac, avec perspicacité, comprit qu’il n’était pas nécessaire d’être ostréiculteur puisque les huîtres pouvaient être élevées ailleurs, puis engraissées et commercialisées depuis ses eaux fluviales. Sa famille exerce toujours cette activité sous le nom d’Huîtres du Château Belon. Quatre autres sociétés exploitent désormais les concessions Thaëron, Cadoret, Noblet et Thieblemont et veillent à un étiquetage strict et au contrôle de l’appellation en enregistrant les stocks et en consignant la durée de leur séjour dans les eaux du Belon.
La bureaucratie de Coste était cependant intense. Les inspections suivaient le modèle de Cancale. La pêche d’été était toujours interdite. Des concessions étaient accordées aux conscrits de la marine. Le service national avait été instauré comme alternative au service militaire obligatoire, et une concession ostréicole était devenue l’une des pensions liées à l’emploi.

La proposition d’émission d’un timbre-poste en l’honneur de Marguerite Chanvril sera une occasion de découvrir davantage les richesses de l’économie bleue et ses opportunités pour la nutrition-santé et les biotechnologies de demain.

Par Kévin LOGNONÉ

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