Niger : L’Alliance des États du Sahel dénonce une « ingérence grave » de l’UE après une résolution sur Mohamed Bazoum
La confédération sahélo-saharienne a vivement critiqué, mercredi 19 mars, une résolution du Parlement européen relative à la détention de l’ancien président nigérien, dénonçant une intrusion inacceptable dans ses affaires internes.
Dans un communiqué au ton sans équivoque, l’Alliance des États du Sahel (AES) a exprimé sa « vive indignation » face à ce qu’elle qualifie d’« ingérence grave » de la part de l’Union européenne. La prise de position de la confédération, portée par le capitaine Ibrahim Traoré, président du Burkina Faso et figure influente de l’alliance, intervient en réponse à une résolution adoptée par le Parlement européen concernant les conditions de détention de Mohamed Bazoum, l’ancien président du Niger renversé par un putsch en juillet 2023.
Dans son texte, l’AES estime que la résolution européenne reflète une position « déséquilibrée » et partiale. La structure régionale, qui regroupe le Burkina Faso, le Mali et le Niger, reproche à Bruxelles de passer sous silence les défis sécuritaires majeurs qui frappent la région du Sahel, en particulier les violences récurrentes visant les populations civiles. « En ignorant volontairement le contexte sécuritaire dramatique et les souffrances endurées par nos populations, l’UE dévoile des logiques d’intérêts stratégiques qui n’ont rien à voir avec les droits humains », peut-on lire dans le communiqué.
L’Alliance des États du Sahel, créée dans une dynamique de rupture avec les partenaires historiques occidentaux, a réaffirmé avec force sa souveraineté. La confédération rejette toute tentative de pression extérieure et assure que cette résolution « restera sans impact sur ses orientations politiques et stratégiques ». Le ton employé traduit la volonté des trois pays de poursuivre leur trajectoire politique en toute autonomie, loin des ingérences perçues comme venues de l’extérieur.
Depuis le retrait progressif des forces françaises et européennes de la région, l’AES s’est engagée dans une refonte de ses alliances militaires et diplomatiques, se tournant vers de nouveaux partenaires comme la Russie. Ce dernier incident avec le Parlement européen illustre l’ampleur du fossé entre les capitales sahéliennes et Bruxelles, désormais accusée de défendre des agendas politiques à travers des instruments diplomatiques jugés coercitifs.
Si l’Union européenne n’a pas encore officiellement réagi aux accusations de l’AES, cette nouvelle passe d’armes risque d’aggraver encore les relations déjà exécrables entre l’institution européenne et la confédération sahélienne, trois ans après les coups d’État qui ont bouleversé l’équilibre géopolitique de la région.
Par Frédéric Konaté

