Tchad : cinq ans après la mort d’Idriss Déby, la version officielle résiste aux zones d’ombre
Le 20 avril 2021, l’armée tchadienne annonçait la mort du maréchal Idriss Déby Itno, blessé au front face aux rebelles du FACT. Cinq ans plus tard, si la thèse officielle tient toujours, des questions persistantes sur les circonstances exactes de sa disparition continuent de nourrir les débats.
Le 20 avril 2021, N’Djaména se réveille sous le choc. La veille au soir, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) venait de proclamer Idriss Déby Itno vainqueur de l’élection présidentielle pour un sixième mandat, avec 79,32 % des voix. La fête devait battre son plein place de la Nation. Elle n’aura jamais lieu.
Dans la matinée, quinze généraux apparaissent à la télévision nationale. Le porte-parole de l’armée, le général Azem Bermandoa Agouna, lit un communiqué solennel : « C’est avec une profonde amertume que nous annonçons au peuple tchadien le décès du Maréchal du Tchad, Idriss Déby Itno, survenu sur le champ de bataille en défendant l’intégrité territoriale. » La version officielle est claire : le chef de l’État a été mortellement blessé lors de combats contre les rebelles du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT).
Dans la foulée, l’armée dissout le gouvernement et l’Assemblée nationale, ferme les frontières, instaure un couvre-feu et met en place un Conseil militaire de transition (CMT). À sa tête, un homme : le fils du défunt, le général Mahamat Idriss Déby Itno, alors âgé de 37 ans.
Deux hypothèses toujours en présence
Cinq ans après, la mort d’Idriss Déby laisse pourtant derrière elle plusieurs zones d’ombre. Deux grandes hypothèses continuent de circuler dans les cercles politiques, diplomatiques et sur les réseaux sociaux.
Première hypothèse – la thèse officielle : Idriss Déby a bien été tué par le FACT. Le groupe rebelle, basé en Libye, avait lancé une offensive dans la province du Tibesti quelques jours avant le scrutin. L’armée tchadienne affirme que le maréchal s’est rendu personnellement sur le front pour soutenir ses troupes, comme il l’avait souvent fait par le passé. Une mort au combat qui ferait de lui un « président-soldat », tombé les armes à la main.
Seconde hypothèse – la thèse des tensions internes : Idriss Déby aurait en réalité été victime d’un règlement de comptes au sein de l’armée ou du pouvoir. Plusieurs indices alimentent cette piste. D’abord, la rapidité avec laquelle son fils a pris la tête du CMT, laissant penser à un scénario préparé. Ensuite, l’absence d’enquête internationale indépendante. Enfin, des témoignages non confirmés évoquent une embuscade tendue par des éléments de sa propre garde, mécontents de la succession ou des équilibres claniques. L’article publié ce 20 avril 2026 par Tchadinfos rappelle d’ailleurs, en contrepoint, que le premier président tchadien, Ngarta Tombalbaye, était tombé « sous les balles des éléments de sa propre armée » en avril 1975.
Une transition militaro-présidentielle accomplie
Quoi qu’il en soit, la machine politique a rapidement tourné. Mahamat Idriss Déby Itno, d’abord à la tête d’une transition militaire de deux ans, a depuis été élu président au terme d’un processus contesté mais validé par les institutions. Il dirige aujourd’hui le Tchad sous le régime de la 5ᵉ République.
Pour de nombreux Tchadiens, le doute persiste. « Beaucoup étaient incrédules, certains ont parlé de poisson d’avril », rappelle l’article de Tchadinfos. Cinq ans plus tard, la question reste entière : Déby est-il tombé face à l’ennemi extérieur, ou victime de ses propres lignes ?
Faute de preuves nouvelles, la version officielle fait toujours foi. Mais le silence des autorités sur une enquête approfondie entretient un doute raisonnable. Comme souvent dans l’histoire récente du Tchad, la vérité des armes a peut-être eu raison de celle des faits.
Par Kenzo Brown

