Soudan du Sud : après 31 ans d’aide médicale, MSF contraint de fermer définitivement l’hôpital de Lankien suite à un bombardement
C’est une catastrophe humanitaire qui passe largement inaperçue. Après plus de trois décennies d’engagement ininterrompu, l’organisation humanitaire Médecins Sans Frontières (MSF) a annoncé la fermeture permanente de l’hôpital de Lankien, au Soudan du Sud, bombardé le 3 février 2026. Environ 250 000 personnes, pour la plupart des civils vivant dans une région isolée et démunie, se retrouvent désormais sans aucun accès à des soins vitaux.
L’attaque, d’une violence rare contre une structure médicale, a visé directement l’entrepôt de l’hôpital. Selon le témoignage des équipes sur place, une bombe a été larguée depuis un avion. Si MSF indique ne pas être en mesure d’identifier formellement l’auteur de ce bombardement, l’organisation précise que, « à notre connaissance, les forces gouvernementales sont les seules à disposer de la capacité de mener des frappes aériennes ».
La destruction par l’explosion n’a été que le début du calvaire. Dans les heures et les jours qui ont suivi, l’hôpital a été systématiquement pillé. Des parties des bâtiments ont été incendiées, et les structures encore debout ont été vandalisées, rendant tout fonctionnement médical définitivement impossible.
« Après 31 ans à tenir cet hôpital, nous sommes anéantis. Nous avons vu des guerres, des épidémies, des famines, mais jamais cela », a confié un responsable de MSF sous couvert d’anonymat. « Lankien était un refuge, un lieu de vie pour des centaines de milliers de personnes. Aujourd’hui, il n’en reste que des cendres. »
Ce drame n’est malheureusement pas un cas isolé. Depuis le début de l’année 2025, MSF dénombre au moins douze (12) attaques ou événements violents ayant visé ses installations ou son personnel. Ce climat de violence généralisée a déjà forcé l’organisation à fermer quatre hôpitaux, laissant successivement des centaines de milliers de personnes sans soins. La fermeture de Lankien marque une nouvelle escalade tragique.
Dans un contexte de conflit chronique où la population civile paie le plus lourd tribut, la destruction systématique du système de santé constitue une arme de guerre. En réaction, MSF appelle à une « enquête indépendante et impartiale » pour que la lumière soit faite sur ce bombardement et que les responsables répondent de leurs actes.
« Les attaques contre les établissements de santé, les travailleurs humanitaires et les civils sont inacceptables et doivent cesser immédiatement », martèle l’organisation dans son communiqué.
Pour les habitants de la région de Lankien, la réalité est désormais brutale : l’hôpital le plus proche est à plusieurs jours de marche, et les maladies les plus banales, comme une simple infection ou un accouchement compliqué, pourraient devenir mortelles.
Par Issa Abdou

